RDCongo: la commission sur le passé colonial de la Belgique est mal partie

RDCongo: la commission sur le passé colonial de la Belgique est mal partie

Par Marie-France Cros et Tom Guillaume. 

La commission sur le passé colonial de la Belgique, dite « Commission Congo », mise sur pied par le parlement national en Belgique, rencontre des difficultés pour démarrer ses travaux. Une cinquantaine de parlementaires ont reçu lundi une lettre d’un des experts choisis pour y participer, l’historien belgo-congolais Mathieu Zana Etambala, qui lance  un cri d’alarme sur les difficultés qui se profilent déjà et invite les élus à modifier la composition du groupe d’experts. Il est à noter que ses préoccupations rejoignent celles exprimées par d’autres historiens en privé.

Le groupe d’experts, composé de dix personnes, réunit en effet des historiens, des membres de la diaspora et des spécialistes en réconciliation. Ces trois types de personnes fonctionnent cependant selon des méthodologies différentes, voire divergentes. Comment, dans ces conditions, fait valoir le lanceur d’alerte, trouver une méthodologie commune pour rendre dans les deux mois impartis le rapport attendu?

Difficultés de fond et pratiques

Certains soulignent en outre la difficulté de faire parler d’une même voix un représentant d’Ibuka – association représentant les victimes du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 – et un membre hutu de l’asbl Jambo, accusée de révisionnisme au sujet du génocide.

Il y a aussi des obstacles pratiques: le groupe entier doit analyser des archives du MRAC (Musée de Tervuren) et du Palais royal; mais une bonne part des membres du groupe d’experts ne vivent pas en Belgique. En outre, certains n’ont jusqu’ici pas participé aux réunions du groupe d’experts par internet.

La création de cette Commission Congo a été décidée dans l’émotion de la vague de protestations contre le meurtre, aux Etats-Unis, de Georges Floyd, un citoyen noir, par un policier blanc qui l’arrêtait. La volonté des parlementaires belges d’impliquer le plus possible de secteurs dans le travail de la commission ne risque-t-elle pas de nuire au sérieux du travail attendu, s’interroge le professeur Zana. Il suggère de retourner au projet initial, selon lequel le groupe d’experts devait être constitué d’hstoriens professionnels ayant travaillé sur l’histoire coloniale de la Belgique.

Interrogé sur ce nouvel élement, le président de la commission, l’écologiste flamand Wouter De Vriendt ne s’étonne pas des voix dissonantes : “Le groupe d’experts n’est réuni que depuis une semaine. C’est donc normal qu’il y ait encore des questions méthodologiques”. Il réfute qu’il y ait eu le projet d’une commission uniquement composée d’historiens; ce ne serait pas, dit-il, idéal pour le travail à fournir sur la réconciliation entre les deux pays.

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