Le Niger à nouveau frappé. Les djihadistes pointés du doigt

Le Niger à nouveau frappé. Les djihadistes pointés du doigt

Par Marie-France Cros. 

Huit personnes ont été tuées dimanche peu avant midi lors d’une embuscade dans la zone de Kouré – qui compte un parc animalier abritant des girafes ouest-africaines – au sud-ouest du Niger, proche des frontières du Burkina Faso, du Mali et du Bénin. Il s’agit de six travailleurs humanitaires de l’ONG française Acted, en excursion touristique, de leur chauffeur nigérien et d’un guide touristique local.

Leur véhicule a été pris en embuscade par des hommes armés arrivés peu avant à moto. Les victimes ont été abattues par armes à feu et, selon l’AFP, une des victimes, une femme, qui avait apparemment réussi à s’échapper, a été égorgée un peu plus loin. Le véhicule des victimes a été partiellement incendié.

L’attaque n’a pas été revendiquée mais en raison du modus operandi, nombreux étaient les observateurs qui attribuaient les meurtres à des djihadistes. L’armée nigérienne ratisse la zone, aidée de soldats français.

Kouré classé “orange”

Tout le Niger est en effet classé “rouge” en raison de l’insécurité causée par les combattants islamistes ; la zone de Kouré, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, Niamey, est classée “orange”. Cela veut dire que l’ambassade de France “déconseille fortement” à ses nationaux de s’y rendre, sauf “raison impérative”, mais il semblerait que des expatriés de Niamey s’y rendent quand même dans un but récréatif.

Trois groupes djihadistes sévissent au Niger : Boko Haram, venu depuis le Nigeria voisin ; Aqmi (Al Qaïda au Mahreb islamique, venu du Mali) et, depuis sa défaite en Syrie, l’État islamique. Ce dernier avait revendiqué de meurtrières attaques contre des militaires nigériens dans cette région de Tillabéri, qui englobe Kouré, en décembre 2019 (71 morts à Inates le 10 décembre ; 14 tués le 27 décembre à Sanam) et en janvier dernier (89 tués à Chinégodar).

Promue par les agences de tourisme

À chaque fois, le même scénario avait été utilisé : des assaillants arrivent à moto et en voiture, procèdent à l’attaque et fuient vers le Mali voisin. Tant et si bien que la circulation des motos est interdite dans la région de Tillabéri depuis janvier, dans l’espoir d’empêcher les déplacements des terroristes. Cela n’empêche pas des agences de tourisme de continuer à promouvoir les attraits de la région.

Or l’insécurité y est loin de diminuer. Après les attaques de l’hiver dernier contre des militaires, la répression par l’armée s’est accrue, avec des abus contre les civils qui poussent ceux-ci dans les bras de l’État islamique ; celui-ci prétend offrir une meilleure gouvernance que l’État nigérien, dans ce pays parmi les plus pauvres du monde. Selon OCHA (agences humanitaires de l’Onu), plus de 100 000 personnes ont fui la région en raison des violences, dont bon nombre depuis les attaques contre les militaires.

Selon un rapport de juin dernier du “think tank” International Crisis Group, l’armée nigérienne a aggravé la situation en 2017-2018 lorsque, pour combattre la montée des djihadistes dans la région, elle s’était associée à des milices ethniques maliennes – juste de l’autre côté de la frontière – hostiles aux Peuls ; ces derniers – sous-représentés dans l’armée nigérienne – ont alors été nombreux à se rapprocher de l’État islamique. Il en va de même au Mali, où les Peuls sont marginalisés aussi.

La région du Sahel tout entière est déstabilisée par les islamistes, en particulier depuis qu’une opération militaire franco-britannique, décidée par l’ex-président Nicolas Sarkozy et l’ex-Premier ministre David Cameron, a renversé le régime Kadhafi et tué ce dernier. La Libye est, depuis lors, plongée dans une guerre civile qui a permis la prolifération des armes et des groupes islamistes dans tout le Sahel.

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