La honte : L’Onu renonce à sa mission d’enquête au Kasaï

La honte : L’Onu renonce à sa mission d’enquête au Kasaï

« Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur; vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre ». La phrase est de Winston Churchill s’adressant au Premier ministre britannique Neville Chamberlain devant la Chambre des communes, le parlement britannique en 1938, après la signature des accords de Munich. 

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Le panache des grands hommes à cela de magique qu’il est toujours vivace. En 1938, Churchill, chef de l’opposition, humiliait son Premier ministre par cette phrase entrée dans l’histoire. Une citation qui pourrait être ressortie aujourd’hui et lancée à la face des responsables du comité des droits de l’homme des Nations unies de Genève incapables de s’entendre pour forcer un gouvernement congolais devenu illégitime à accepter une mission d’enquête sur son territoire. Face à la violence, à la brutalité, à l’inhumanité de la répression au Kasaï, ces responsables devaient oser affronter la colère de Kinshasa.

Toutes les nations qui n’ont pas oeuvré en faveur de l’envoi de cette commission d’enquête peuvent méditer la déclaration de Churchill. Elles se sont déshonorées. Mais la lumière sera faite, un jour ou l’autre, les responsabes seront poursuivis et ceux qui auront fermé les yeux seront jeté dans la catégorie des parias.

Des chiffres insupportables

Quarante-deux fosses communes au minimum, deux experts de l’Onu assassinés, plus de 3 300 morts civils dans des affrontements entre les forces armées congolaises et une rébellion de paysans depuis le mois de septembre et, comme si cette énumération ne suffisait pas, 1,3 million de personnes contraintes de fuir leur région face aux violences quotidiennes.

Face à cette dérive totale, les autorités congolaises ont brillé par leur immobilisme et leur silence. Il a fallu attendre la mort des deux experts de l’Onu, en avril dernier, et la diffusion d’une vidéo montrant des militaires congolais tirant sur des civils (hommes, femmes et enfants désarmés) pour que Kinshasa se lance, poussé dans le dos par la critique internationale et la menace de l’envoi d’une commission d’enquête internationale, dans un semblant de justice.

Des militaires ont été arrêtés. La plupart s sont évaporés depuis. Pour le meurtre des deux experts de l’Onu, deux civils ont été arrêtés et sont jugés loin des caméras. Face à cet enchaînement de catastrophes humaines, le Haut commisaire aux droits de l’homme des Nations unies a demandé l’envoi d’une commission d’enquête indépendante pour tenter de faire toute la lumière sur les événements qui ensanglantent le Kasaï. Un texte plaidant la cause de cette commission avait été concocté. Finalement, ce texte n’arrivera jamais sur la table des négociations. L’instance onusienne, basée à Genève et composée de 54 nations, dont 13 africaines, n’est jamais parvenue à dégager un consensus suffisant pour contraindre Kinshasa à accepter cette mission indépendante.

La fin d’une institution ?

Une fois de plus, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le prince jordanien Zeid Raad al-Hussein, n’aura pas été entendu sur son appel à des investigations internationales en République démocratique du Congo. Pourtant l’homme n’a pas ménagé sa peine, n’hésitant pas à envoyer la semaine dernière ses experts pour aller recueillir les témoignages de ceux qui ont fui la barbarie du Kasaï. Le rôle du gouvernement a été clairement pointé du doigt. Mais Kinshasa, qui avait menacé lundi de ne pas accorder l’accès à son territoire aux membres d’une mission d’enquête indépendante d’un an, a obtenu gain de cause.

Un revers de taille pour le Comité des droits de l’homme des Nations unies déjà très décrié pour sa passivité par l’administration américaine. La Maison-Blanche avait fait de ce cas une ligne rouge que le comité a franchie en ne parvenant pas à se mettre d’accord sur un dossier aussi évident. La survie de ce comité est clairement remise en cause. Sa crédibilité, elle, est déjà enterrée.

Des sanctions

Les Etats-Unis, lassés de cette inaction des Nations unies, une institution pas vraiment en odeur de sainteté à Washington et tout particulièrement détestée par le président Trump, ont déjà démontré dans un passé récent qu’ils sont déterminés face aux dérives congolaises. Des dérives qui ont atteint un point de non-retour. La Maison-lanche ourrait donc être tentée de sortir une nouvelle liste de personnalités rattrapées par des sanctions. Une liste est en préparation depuis quelques semaines. Elle ciblerait plus particulièrement un cercle d’acteurs économiques gravitant autour du président Kabila et de sa famille.

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