Un djihadiste malien devant la CPI

Un djihadiste malien devant la CPI

Par Marie-France Cros.

Devant la chambre X de la Cour pénale internationale (CPI) s’ouvre ce mardi le procès d’Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud (1), 43 ans, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis à Tombouctou (Nord-Mali) d’avril 2012 à janvier 2013, lorsque l’accusé était commissaire de la police islamiste des troupes d’occupation djihadistes dans la ville.

Al Hassan est un Touareg qui a participé à l’occupation du Nord-Mali par une coalition de groupes djihadistes regroupant Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi, constitué d’abord d’Algériens, avant de s’élargir à d’autres), le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao, essentiellement mauritanien à l’époque) et Ansar Dine (djihadistes touaregs maliens).

Des institutions “illégitimes”

Dès sa capture par les djihadistes, Tombouctou avait subi des institutions “illégitimes”, selon l’accusation, chargées de réprimer les comportements n’entrant pas dans la version de l’islam propagée par les occupants. Al Hassan, en tant que commissaire de la “police islamique”, était chargé d’imposer cette version de l’islam étrangère aux Maliens et le fit, selon la procureur de la CPI, Fatou Bensouda, avec “zèle”.

Ainsi, les occupants avaient banni les pratiques de l’islam local, telles le culte des saints, l’usage d’amulettes et de statuettes pour les représenter. Cela était désormais interdit, de même que des célébrations religieuses traditionnelles, les masques, les peintures, les réunions publiques, les écoles non coraniques, la musique, la danse, le port de bijoux et de maquillage et le vêtement traditionnel pour les femmes, contraintes de copier le costume intégriste – y compris le port des gants, même pour des maraîchères travaillant au marché.

Des punitions humiliantes et souvent violentes sanctionnaient les contrevenants (même à l’intérieur des maisons) et étaient imposées par la police islamique, qui était autorisée à recourir à la torture pour recueillir des “aveux”.

Al Hassan, “personnage clé d’Ansar Dine”, selon la procureure Bensouda, a ainsi été accusé d’avoir fait amputer d’une main un homme accusé de vol ; organisé la flagellation publique de femmes accusées d’adultère ; participé à l’organisation de “mariages de convenances” de jeunes femmes de Tombouctou – pas toujours consentantes – avec des djihadistes qui évitaient ainsi de se rendre coupables d’”adultère” selon la version intégriste de l’islam qui désigne ainsi notamment les relations sexuelles hors mariage.

Torture

Selon l’accusation, Al Hassan a arrêté, interrogé et participé à la torture de suspects. Il a renvoyé certains devant un “tribunal islamique”, lui-même constitué “de manière irrégulière”. Il a participé directement ou indirectement à l’imposition de châtiments violents.

La procureure affirme disposer, pour le prouver, de rapports de police signés par Al Hassan, ainsi que de jugements qui ont suivi des enquêtes menées par l’accusé ; de témoignages et images vidéo ; de rapports d’experts.

Pas un procès contre l’islam

Fatou Bensouda, elle-même musulmane, a bien souligné qu’”il ne s’agissait pas d’un procès contre une religion ou contre l’islam, ni contre un système de pensée ou de droit. C’est, très simplement, une affaire criminelle”.

Ont été mis à la charge de l’accusé des faits de torture, viol et esclavage sexuel, persécution, atteintes à l’intégrité corporelle et à la dignité, condamnations prononcées sans jugement préalable rendu par un tribunal régulièrement constitué, attaques contre des bâtiments religieux et monuments historiques.

(1) Dans les noms touaregs, “Ag” signifie “fils de”.

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