Exactions des forces de l’ordre au Burkina: Washington tape du poing sur la table

Exactions des forces de l’ordre au Burkina: Washington tape du poing sur la table

Après un nouveau rapport accablant sur des exécutions extrajudiciaires massives attribuées aux forces de l’ordre burkinabè, Washington a tapé du poing sur la table mercredi, menaçant d’arrêter sa coopération sécuritaire avec le Burkina Faso.

Dans une série de messages publiés sur twitter et facebook, des responsables, dont le secrétaire d’Etat américain adjoint pour l’Afrique, Tibor Nagy, ont exigé une « action rapide » des autorités burkinabè pour stopper les exactions commises par les forces de l’ordre contre des civils, sous couvert de lutte antiterroriste.

« L’aide américaine pour la sécurité ne peut pas continuer sans une action » des autorités burkinabè « contre les abus », a déclaré Tibor Nagy dans un tweet, qualifiant de « très préoccupant » le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW), publié ce mercredi, sur les « exécutions extrajudiciaires » de 180 personnes « par les forces de sécurité » à Djibo, une ville du nord du Burkina Faso.

« Sans une action rapide et approfondie, ces abus mettent en danger le partenariat avec les USA », a tweeté en écho l’émissaire américain pour le Sahel, Peter Pham.

Ces mises en garde inédites accompagnent une déclaration de l’ambassade américaine à Ouagadougou, publiée sur sa page facebook, s’inquiétant « du nombre continu et croissant d’allégations d’abus ».

« Les États-Unis sont profondément préoccupés par le nombre continu et croissant d’allégations d’abus et d’exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces de sécurité burkinabé, y compris celles documentées par Human Rights Watch », déclare l’ambassade.

« Nous demandons instamment au gouvernement de lancer immédiatement une enquête indépendante », indique-t-elle, estimant qu’il « est impératif que les gouvernements respectent les normes de conduite les plus élevées et respectent la responsabilité de l’État de protéger ses citoyens ». « Si et quand il ne le fait pas, il doit tenir les auteurs responsables de leurs crimes », poursuit l’ambassade.

Selon HRW, « des fosses communes contenant au moins 180 corps ont été découvertes au cours des derniers mois » autour de Djibo, principale ville du nord du Burkina Faso, une région en proie à d’incessantes et meurtrières attaques de groupes jihadistes.

– Forces de sécurité « Impliquées » –

« Les preuves disponibles suggèrent l’implication des forces de sécurité gouvernementales dans des exécutions extrajudiciaires de masse », perpétrées sous couvert de lutte anti djihadiste, selon HRW.

D’après l’ONG qui a sollicité une réaction des autorités burkinabè, le gouvernement s’est engagé à ouvrir une enquête, expliquant que ces exécutions ont pu être commises par les groupes armés (jihadistes) en utilisant des uniformes et moyens logistiques de l’armée volés lors d’attaques.

Les forces de l’ordre burkinabè ont été plusieurs fois accusées depuis trois ans de graves bavures et d’exécutions extrajudiciaires de civils dans leur lutte contre les groupes jihadistes.

Les attaques jihadistes, parfois entremêlés à des conflits intercommunautaires, ont fait plus de 1.100 morts depuis 2015, et contraint près d’un million de personnes à fuir leurs foyers au Burkina Faso, pays pauvre d’Afrique de l’Ouest.

Ses voisins sahéliens, le Mali et le Niger, sont également touchés par les violences jihadistes, qui ont fait, avec les violences intercommunautaires, 4.000 morts dans les trois pays en 2019, selon l’ONU.

Sous-équipées et mal entraînées, les forces burkinabè n’arrivent pas à enrayer la spirale de violences djihadistes malgré l’aide de forces étrangères, notamment de la France, présente dans le Sahel avec plus de 5.000 militaires dans le cadre de l’opération antijihadiste Barkhane, et des Etats-Unis qui disposent d’importants moyens de renseignement.

Les responsables américains n’ont pas donné de précisions sur la nature exacte de l’aide américaine qui pourrait être remise en cause.

Le gouvernement burkinabè n’a pas réagi dans l’immédiat aux déclarations américaines.

Par ailleurs, le gouvernement s’est déclaré favorable à l’ouverture d’un bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme au Burkina, dans un courrier daté du 1er juillet dont l’AFP a obtenu copie.

Le Premier ministre burkinabè fait part dans cette lettre adressée au Haut-Commissaire Michelle Bachelet de « l’accord de (son) gouvernement » , estimant que ce bureau pourrait fournir « une assistance appréciable » à son pays pour la défense des droits humains.

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