Opinion: le militantisme, nouvelle voie d’accès à la fonction publique en RDC?

Opinion: le militantisme, nouvelle voie d’accès à la fonction publique en RDC?

Par Emmanuel Ndimwiza, activiste de la Lucha (Lutte pour le changement).

 

Heureux d’avoir toujours la force de porter le fardeau des faibles que je suis! Heureux d’avoir toujours une santé parfaite! Reconnaissant, je le demeure à l’endroit du Tout puissant et de ceux qui ne cessent de croire en moi et/ou de me protéger et prient pour moi.

Aujourd’hui, les valeurs de justice sociale, de dignité humaine et d’intégrité ne sont plus de bons maîtres. La course au matérialisme est ce qui fait agir les acteurs politiques congolais.

Pour arriver en haut de l’échelle, le domaine politique semble être un raccourci rassurant. Il suffit d’être au service du parti politique au pouvoir; en un clin d’œil, vos supérieurs feront de vous une référence professionnelle.

Je suis né dans une localité où les parents nous ont toujours rappelé que nous ferions leur fierté par un travail bien fait et en toute honnêteté. Mais depuis un certain temps, les comportements de certains parents laissent à désirer et nous poussent à des interrogations sans réponse. L’une d’elles est celle-ci: le militantisme aux côtés du parti politique au pouvoir est-il forcément la seule voie pour gagner sa vie ? Chez moi, il n’y a pas d’emplois; si tu veux réussir, deviens un militant du parti politique au pouvoir. Tiens-tu à être propulsé au sommet ? Si oui, c’est si simple, sois prêt à rendre service et ils feront de toi une étoile.

Ceux qui font exception sont d’une espèce rare et ils méritent notre admiration. Ce sont par exemple les activistes de mouvements citoyens qui ne sont pas inféodés à la classe politique et qui ne cherchent pas le pouvoir mais veulent à tout prix voir les choses changer dans le pays pour que les habitants y vivent mieux.

Depuis un certain temps, ceux-là sont pourtant traités de tous les noms d’oiseaux et menacés de demeurer chômeurs à vie. Face à cette évidence, la jeunesse s’est lancée largement dans la course au poste auprès des politiques, entreprise sans lendemain, porteuse de germes destructeurs. Le phénomène a pris une ampleur inquiétante.

Lors des dernières élections, j’ai croisé certains jeunes issus de l’enseignement public (secondaire) ou confessionnel (primaire), très assidus pour la réussite de leur mission qui était d’aider à la victoire électorale, moyennant leur insertion sociale. Beaucoup ont cru à une blague, mais non: ils sont embauchés! Il y a quelques jours, des militants indélicats ont laissé entendre qu’une liste de personnes sera embauchée pour services rendus, tandis que d’autres sont déjà à Kinshasa et dans toutes les provinces. Que ces lauréats soient prêts pour une carrière de courtiers à vie!

Il est vrai que nous avons toujours exprimé le vœu de voir des filles et fils du Congo insérés dans la fonction publique sans tenir compte des clivages politiques ni des ethnies, mais sur base de leur mérite. Ce n’est pas ce qui se passe. Les modalités de l’insertion à laquelle nous assistons font de nous des profiteurs. Les enfants du Congo ne se limitent pas aux militants ou parents de militants d’un parti politique – même si certains, infirmant cette mauvaise règle, réussissent en dehors de ce tutorat; même peu nombreux, leur existence confirme que l’intégrité peut payer.

Aussi faut-il insister sur la nécessité pour nos politiques de cesser de nous faire miroiter un poste à la fonction publique alors que l’entreprenariat est une voie porteuse de richesses et d’emplois. La terre et l’espace sont là, sous-exploités. Mettons-les en valeur et, à coup sûr, ce trésor caché sera domestiqué.

Jeunesse congolaise, il est temps de dire non aux promesses qui ont fait de nos parents d’éternels attentistes!

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