Opinion: RDCongo: 60 ans d’un chantier toujours en ruine

Opinion: RDCongo: 60 ans d’un chantier toujours en ruine

Par Dominique Kabongo, York University, politologue & Développement International.

Porte-parole du Collectif des cadres UDPS

A 60 ans d’independence, la RDC est-elle sur la bonne voie ou demeure-t-elle un chantier en ruines? En politique, on dit toujours que l’on a le droit de choisir son opinion, pas les faits.

Lors de son allocution du 30 juin, le président Felix Tshisekedi Tshilombo s’est focalisé sur cinq axes en particulier qui définissent un Etat fonctionnel – justice, diplomatie, sécurité, social, économie. Je ferai de même.

·       Justice : bien qu’opposé à la réforme judicaire voulue par les propositions de loi Minaku/Sakata qui visent essentiellement à la confiscation du pouvoir judiciaire, je peux avancer que la justice fonctionne encore à double vitesse. Il est tout à fait inconcevable que Vital Kamerhe (actuel directeur de cabinet à la Présidence) soit condamné pour détournement des deniers publics et que tant d’autres soient exemptés alors qu’ils sont aussi responsables de crimes économiques.

·       Diplomatie : la RDC demeure un pays faible face à ses voisins, dont plusieurs œuvrent encore pour son affaiblissement total. Etant minée de l’intérieur et de l’extérieur, comment est-t-il possible que la RDC propose ses bons offices à ses deux agresseurs, le Rwanda et l’Ouganda, avec lesquels nous avons encore des contentieux politique et économique.

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·       Sécurité : Il est inconcevable de parler de stabilité, encore moins d’un quelconque progrès sécuritaire sur l’étendue de la RDC, précisément à l’est où les groupes armés, dont les ADF Nalu, continuent à semer la désolation. D’ailleurs, la RDC est présentement envahie par plusieurs armées frontalièresremettant en cause son intégralité territoriale.

·       Social : la population demeure dans la précarité absolue, sans accès à l’eau potable ni à l’électricité. Concernant la gratuité scolaire et la santé, le gouvernement a dû revoir à la baisse son ambiteux budget initialement estimé à 11milliards de dollars;  le financement de ces programmes est donc hors budget. Le programme Partenariat public/privé sous-entend un partenariat dans lequel le secteur prive détiendrait un pourcentage des actions d’une compagnie publique, autrement dit l’hypothèque d’un symbole de l’Etat au profit d’une privatisation; tel est le cas pour Inga et tant d’autres. Il y a aussi lieu de noter que le poids du remboursement de ce financement retombe toujours sur les épaules des générations futures.

·       Économie : La dilapidation des réserves, estimées à 1,2 milliard de dollars sans dividendes palpables a provoqué la destruction du cadre macro-économique. Par conséquent, l’instabilité du taux de change (dollar/FC) crée une inflation galopante et la population entière perd son pouvoir d’achat, si petit soit-il. En termes d’endettement, les Congolais ont toujours rejeté la notion d’être des éternels perfusés économiques, néanmoins le gouvernement congolais continue à s’endetter au nom du développement vis à vis des institutions de Bretton Woods. Une économie extravertie ne peut clamer son independence et sortir sa population de la pauvreté. Il y a également lieu de rappeler que les institutions de Bretton Woods ont toujours des conditions de remboursement rigoureuses, qui pèseront à nouveau sur les générations futures. Nous connaissons tous les effets dévastateurs de la politique des ajustements structurels du FMI et la Banque Mondiale. Trois milliards de dollars d’endettement pour quoi faire? A quand la souveraineté économique congolaise?

 

Le tableau de RDC est sombre et la population Congolaise aurait souhaité un plan clair de sortie de crise a la place d’un discours récapitulatif. Non, Monsieur le Président; la RDC n’est pas sur la bonne voie. Elle sombre et se cherche encore car elle demeure un chantier toujours en ruines.

 

 

 

 

 

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