RDCongo: le cardinal Fridolin Ambongo prononce une homélie de combat

RDCongo: le cardinal Fridolin Ambongo  prononce une homélie de combat

C’est une homélie de combat que le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a prononcée mercredi à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance du Congo. Il a invité le peuple à se tenir prêt à s’opposer aux projets de la majorité parlementaire (non élue) de prendre le contrôle de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en prévision des élections de 2023, et de contrôler le système judiciaire.

Rappelant pourquoi les fidèles étaient réunis, l’archevêque de Kinshasa a commencé par évoquer une indépendance « rêvée » plutôt que « réfléchie » et préparée, « rêvée avec émotion, avec passion, avec l’irrationalité » dont les conséquences se font sentir jusqu’à aujourd’hui. « A l’indépendance, nous ne ferions plus de travaux de terre (NDLR: le travail de la terre), nous serions tous des chefs. Nous allions occuper les postes des Blancs ». Bref: « l’exercice de l’autorité au Congo a été compris comme une occasion de jouissance » et « ce grand rêve des Congolais a été progressivement brisé ».

Pour en lire plus cliquez ici –> Homélie Cardinal Ambongo 30 juin 2020

Main basse sur la Ceni et la magistrature

Le cardinal évoque alors « l’acharnement de la majorité parlementaire actuelle à faire main basse sur la Ceni et la magistrature. Ce sont des pratiques qu’on ne peut jamais tolérer parce que nous savons que de ces deux institutions dépend l’indépendance du peuple ».

Mgr Ambongo est alors passé aux préoccupations de « balkanisation » du pays, redoutée par de nombreux Congolais. Ces derniers désignent ainsi leur crainte de voir des parties de leur territoire amputées par les pays voisins, en raison de la faiblesse de l’armée congolaise. « La vérité est que le Congo a neuf voisins et que tous sont présents chez nous, soit par leurs armées – c’est la plupart des cas – soit par leurs immigrés. Nous savons que derrière les immigrés se cache la politique d’occupation de notre pays ».

Alors que « nous avons honteusement échoué », « l’Evangile de ce jour nous invite à la responsabilité », poursuit l’homélie.

Entraîner le pays au chaos

Le cardinal évoque alors la coalition au pouvoir FCC (kabiliste)/CACH (UDPS des Tshisekedi + UNC de Kamerhe), issue d’un accord de janvier 2019 entre le président sortant Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, donnant au second le fauteuil présidentiel tandis que le reste du pouvoir demeurait aux mains du premier – le tout en dépit des résultats électoraux.

Cette coalition, juge Mgr Ambongo, « a foulé aux pieds la volonté du peuple », qui l’avait acceptée parce qu’il « espérait que du mal originel pouvait sortir un bien. Malheureusement le constat est là: il n’y a de coalition au pouvoir que de nom », dont les membres « ont développé un rapport dangereux de rivalité qui risque d’entraîner tout le pays dans le chaos définitif ». Ayant « perdu sa raison d’être », cette coalition « devrait normalement disparaître ». « Aussi longtemps que cette coalition sera là, il n’y a rien à espérer de nos gouvernants. C’est inacceptable ».

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« Faire barrage »

Le prélat explique alors les deux conflits politiques qui agitent la société congolaise depuis quelques jours: la volonté de la présidente du parlement, Jeanine Mabunda, de ne pas tenir compte du rejet par les Eglises catholique et protestante – « qui représentent plus de 80% de la population congolaise » – de la nomination à la tête de la Ceni « d’un personnage qui a déjà fait ses preuves dans les fraudes électorales » et était le « cerveau-moteur du système Nangaa » ayant organisé la super-fraude de 2018. Et l’introduction de propositions de loi par les kabilstes visant à placer le système judiciaire sous leur arbittrage, contrairement à ce que prévoit la Constitution.

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A propos de ces deux sujets brûlants, le cardinal lance « un appel à l’ensemble de notre peuple » à « redresser le front pour faire barrage à ces velléités qui ont pour unique objectif de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas d’une Justice juste. Les jours à venir seront diffiiciles », prévient-il. Avant d’ajouter: « Et je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche ». Si le pouvoir s’obstine à maintenir ses projets sur la Ceni et la magistrature, « il faudra qu’il nous trouve sur son chemin. Dieu libère le Congo de tous ceux qui l’écrasent et le conduise à sa pleine souveraineté », conclut l’homélie, follement applaudie par les fidèles.

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