RDC : Félix Tshisekedi dribblé par son ministre de la justice

RDC : Félix Tshisekedi dribblé par son ministre de la justice

Le dossier de la proposition de loi Minaku-Sakata visant à raboter les prérogatives des magistrats du parquet au profit du ministre de la Justice n’a pas fini d’empoisonner la coalition Cach – FCC.

Ce vendredi, le conseil des ministres a été particulièrement houleux à Kinshasa. En cause, le tour de passe passe réussi par le Premier ministre Ilunga et le ministre de la Justice Tunda pour contourner le président de la République sur la proposition de loi qui a fait trembler Kinshasa et quelques grandes villes du pays en ce milieu de semaine.

En effet, lorsqu’une proposition de loi est déposée à l’Assemblée nationale par un député, le/la président(e) de la Chambre est obligé(e) de transmettre ce texte au Premier ministre qui le dispatche ensuite vers le ministre en charge du dossier concerné, ici le ministre de la Justice.

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Ensuite, le ministre en question examine le texte, le commente et le transmet au Premier ministre pour que celui-ci le mette à l’ordre du jour du Conseil des ministres. L’ensemble de l’exécutif l’examine  à son tour et donne un avis avant que ce texte ne retourne à l’Assemblée nationale pour y être débattu. Le ministre de tutelle se présentant ensuite devant les députés pour expliquer et défendre ce texte qui a reçu l’assentiment du gouvernement.

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« Il ne faut pas oublier que le président est le chef de l’exécutif. S’il ne peut enterrer le texte, il dispose de leviers pour faire traîner en longueur le processus au point qu’un texte ne revienne jamais devant l’Assemblée nationale », explique un ancien ministre congolais qui ajoute : « c’était un des jeux  favoris de Kabila ».

Ici, le ministre de la Justice a renvoyé le texte à ‘Assemblée nationale avec avis favorable sans qu’il ne soit mis à l’ordre du jour du conseil des ministres, sans donc en avertir ses collègues, ni le président de la République. Le ministre Tunda a  clairement court-circuité tous les canaux. Il paraît tout aussi évident que, dans ce dossier, il a dû bénéficier du soutien – de la complicité – du Premier ministre.

Dans les rangs de Cach, les appels à la démission du ministre  de la Justice se sont multipliés ce vendredi. « Ce Monsieur a commis un faux, explique un membre du parti présidentiel. Il a dit qu’il engageait tout le gouvernement congolais sans que celui-ci ait été mis au courant. La confiance est rompue. Le président ne peut plus travailler avec lui.  » 

La rupture de confiance revient dans toutes les conversations, au moins autant que les appels au limogeage.

Arrestation immédiate 

Le professeur André Mbata, professeur de Droit constitutionnel à l’Université de Kinshasa, a exigé dès ce vendredi soir l’arrestation immédiate du ministre de la Justice pour faux et usage de faux, expliquant qu’il il y a dans ce dossier un cas de flagrance avec les circonstances aggravantes que l’auteur des faits est avocat et ministre de la justice !

Reste à savoir ce que fera Félix Tshisekedi qui dispose certes de certaines prérogatives mais qui doit toujours composer avec un exécutif dont les postes clés sont entre les mains de son « allié » du FCC, qui ne cesse d’agiter le risque de transformer l’actuelle coalition en cohabitation. Une modification qui serait synonyme d’un isolement complet pour le président Tshisekedi.

D’un autre côté, à force de constater les manquements de son partenaire de coalition, de le menacer de mesures de rétorsion avant de ranger son « bic rouge » au fond du tiroir, le président de la République apparaît de plus en plus comme un « roi » disposant des symboles du pouvoir mais dépouillé de tous ses attributs.

Un an et demi après son accession au pouvoir, quatre jours avant les soixante ans de l’indépendance, Félix Tshisekedi est à la croisée des chemins. S’il ne veut pas passer les trois ans et demi qui lui reste au pouvoir à se contenter de fleurir les tombes et à inaugurer les galas de bienfaisance, le président va devoir se faire entendre et vite.

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