RDC : La proposition de loi de Minaku a mis le feu aux poudres

RDC : La proposition de loi de Minaku a mis le feu aux poudres

Mardi, Aubin Minaku, baron du PPRD, ancien président de l’Assemblée nationale, flanqué du député Garry Sakata, a déposé une proposition de loi visant à permettre au ministre de la justice de contrôler les magistrats du parquet et de dribbler du même coup le Conseil supérieur de la magistrature.

La proposition de loi a déclenché un tollé dans l’hémicycle, même dans les rangs de l’UDPS, le parti présidentiel, pourtant associé aux Kabilistes dans la gestion de l’Etat et une levée de boucliers du côté de l’opposition où Bemba, Katumbi, Fayulu et Muzito, ont signé un texte commun pour dire tout le mal qu’ils pensaient de ce texte et de cette tentative du PPRD de se mettre à l’abri de la loi et des juges.

Dés mardi soir, la maison d’Aubin Minaku a été encerclé par des manifestants. Cris, jets de pierre, tentative de forcer la porte jusqu’à l’arrivée des policiers qui ont dû utiliser leurs lacrymogènes pour faire fuir les manifestants qui exigeaient le retrait du texte par son coauteur.

Ce mercredi matin, c’est la demeure de Jean-Marie Kasamba, le patron de la très kabiliste Télé 50 qui a reçu la visite de ces manifestants… cette fois sans que les forces de l’ordre n’interviennent.

D’autres manifestants s’en sont pris à la salle des fêtes d’André Kimbunda, l’ancien gouverneur de Kinshasa, autre lieutenant de la Kabilie. En début d’après-midi, un convoi se dirigeait vers la demeure de Shadary, le candidat à la présidentielle de décembre 2018 pour le FCC. Des manifestations ont aussi eu lieu à Lubumbashi.

« S’ils ne retirent pas leur texte, ce sera la guerre », prévient un manifestant pourtant guère au fait des subtilités législatives congolaises.

Il ne fait gère de doute que ces violences font partie d’un nouveau bras de fer entre les deux « alliés » au pouvoir.

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Selon un membre du PPRD, une réunion s’est tenue entre les pontes du parti dan la foulée de la condamnation de Vital Kamerhe à 20 ans de prison. « Certains des participants étaient particulièrement énervés », explique-t-il. « Pour eux, il ne fait aucun doute qu’après la chute de Kamerhe, les gens de Cash (la plate-forme  qui réunit tshisekedistes et kamerhistes) voudront avoir leur revanche. Ils vont tout faire pour qu’une personnalité importante de la Kabilie soit poursuivie. ».

Dans ce contexte, le nom d’Albert Yuma, le patron des patrons congolais, et de la Gécamines est revenu dans la conversation. Si Tshisekedi doit faire tomber un homme, c’est évidemment Albert Yuma dont la tête est demandée avec insistance par Washington. Obtenir la chute de Yuma, c’est la garantie d’ébranler la Kabilie et de retrouver du crédit auprès des Américains.

Pour éviter ce scénario, sans concertation avec leurs « alliés » du Cach, le PPRD a donc travaillé sur la proposition de loi qui permettrait au ministre de la Justice, un maroquin détenu par les Kabilistes, de contrôler l’action des magistrats du parquet.

L’UDPS pris de court a fait entendre son mécontentement. Un mouvement de grogne contre des cadres du parti de l’ancien président qui a rapidement été rejoint par de nombreux jeunes congolais qui souffrent du confinement et de ses conséquences multiple dans la capitale congolaise.

« S’ils ne retirent pas leur texte ce sera la guerre », prévient un membre influent de l’UDPS qui n’a  pas toujours été sur la même longueur d’onde que son président mais qui trouve ici un terrain favorable pour apaiser les tensions internes et se focaliser sur un ennemi commun. « On ne va pas abandonner ce combat. »

Souci, les kabilistes n’entendent pas non plus céder de terrain sur ce texte. « Si les Kabilistes cèdent, ils offrent un boulevard à Tshisekedi », explique un observateur de la vie politique congolaise. « La fameuse boîte de Pandore sera ouverte et toutes les poursuites possibles contre les tenants du régime Kabila ».

Si personne ne cède, la situation risque de devenir vite incontrôlable à Kishasa avec une population épuisée par près de trois mois de privation pire encore que celle qu’ils connaissent habituellement.

Certains, dans les rangs du Cach, espèrent être rejoints par l’opposition politique. Pas certain que ceux qui ont été privés de leur victoire en décembre 2018 aient envie de rejoindre le combat entre Cach et FCC. « Les opposants n’ont pas grand chose à espérer dans ce combat, si ce n’est de légitimer le pouvoir de Tshisekedi qui les a trahis lors de la présidentielle ».

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