RDC : « Il faut à tout prix réformer la loi portant l’organisation de la Ceni »

RDC : « Il faut à tout prix réformer la loi portant l’organisation de la Ceni »

Le procès Kamerhe et son verdict ont amené plusieurs membres de son parti, l’UNC, à rappeler que le président de leur formation politique aurait dû être le candidat de la plate-forme Cach (Cap sur le changement) regroupant leur parti et l’UDPS de Félix Tshisekedi lors de la présidentielle de 2023.


Un rendez-vous avec les urnes qui est déjà revenu sur le devant de la scène congolaise depuis le début de ce mois de juin.
C’est que la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui est le maître d’œuvre des scrutins en RDC, doit être renouvelée. La précédente Ceni étant arrivée à échéance le 30 juin 2019.
Dans la composition actuelle de son bureau de treize membres, six sont issus de la majorité parlementaire, quatre de l’opposition et trois de la société civile. Parmi ces trois postes, on retrouve notamment la présidence de la Ceni, poste central s’il en est.

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C’est aux confessions religieuses que revient la tâche de désigner ce président. Or, les huit confessions qui se sont retrouvées autour d’une même table au début de ce mois et qui devaient désigner ce président par consensus ne sont pas parvenues à remplir leur mission.
Les catholiques et les protestants, les deux religions largement majoritaires en RDC, ont défendu un candidat commun, après que les catholiques ont annoncé ne plus défendre leur favori parce que celui-ci ne faisait pas le poids face au candidat des protestants. Or, il s’est avéré, au moment du vote, qu’il avait été candidat aux législatives de 2018, sur la liste d’un parti politique dans la province de l’Équateur.
Impossible dès lors de défendre ce candidat comme président de la Ceni.

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Il y avait trois noms dans ce sprint final, il n’en restait donc qu’un, celui de Ronsard Malonda, qui avait déjà officié dans la précédente Ceni. Inacceptable pour les catholiques et les protestants. Le président de cette plate-forme des confessions religieuses, un catholique, constate dès lors qu’il est impossible de trouver un consensus et suspend la réunion, au grand dam des autres confessions, qui voulaient aller au vote.
Catholiques et protestants sont pointés du doigt par la majorité des autres confessions. La tension est palpable et l’impasse semble totale. “Il sera difficile de se retrouver à huit autour de la table comme si de rien n’était”, explique un membre du clergé catholique. “Il est évident que ce qui vient de se passer va laisser des traces”, renchérit un membre d’une Église du réveil.

Pressions en tous sens

“Les catholiques doivent comprendre que ce processus est collectif et qu’ils doivent composer avec les autres”, explique de son côté un représentant de confession musulmane.
Le président Tshisekedi est descendu dans l’arène et a reçu les représentants des six confessions qui avaient voté pour Ronsard Malonda. “Il y a des pressions du pouvoir. Il juge dangereux de mettre un membre de l’ancienne Ceni à la tête de la nouvelle structure. Le président a son candidat, c’est un homme qui s’est construit une belle expertise dans le domaine électoral. Mais, s’il est soutenu par la présidence, il perd son crédit”, poursuit notre interlocuteur de confession musulmane.

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“Si le candidat Malonda passe, il ne faut pas exclure un mouvement de contestation populaire. On ne peut pas prendre ce risque”, pour un autre interlocuteur.
“Il faut constater que la loi actuelle portant l’organisation de la Ceni est défaillante. Il faut la revoir avant de chercher à mettre des noms sur les fonctions”, poursuit un membre de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui poursuit aussi en appelant à un audit de la Commission électorale nationale indépendante. “Qu’a-t-elle fait du milliard de dollars qu’elle a reçus pour organiser le scrutin ? Où sont passées les machines à voter ? Le peuple congolais a le droit de savoir.”

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Le blocage entre les confessions religieuses est-il définitif  ? Pas sûr, le président congolais a appelé au dialogue et tous les interlocuteurs contactés reconnaissent qu’il n’est pas envisageable de rester sur ce bocage et qu’il faut que la prochaine Ceni soit réellement indépendante, que le processus électoral soit totalement transparent. Tous reconnaissent que les trois élections organisées en RDC depuis 2006 ont abouti à des résultats de plus en plus catastrophiques au fil des scrutins, certains rappellent les violences qui ont émaillé chacun de ces passages par les urnes, d’autres que l’on “est passé de 300 recours en contestation des résultats des législatives nationales en 2006 à 600 en 2011, pour atteindre 1 400 recours en 2018”, année où les P.-V. de dépouillement n’ont été établis que dans quelques bureaux de vote et où le scrutin a été reporté (la présidentielle n’y a pas été organisée) dans les circonscriptions électorales de Beni, Butembo dans le Nord-Kivu et à Yumbi dans la province du Maï-Ndombe. “Notre rôle est essentiel, nous ne pouvons nous permettre de gâcher un autre rendez-vous électoral”, conclut un représentant catholique, qui poursuit : “C’est l’avenir de notre pays, et donc de millions de Congolais qui doivent pouvoir s’exprimer et dont les voix doivent compter, qui est en jeu.”

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