A Kinshasa, les murs ont la parole contre le déni du coronavirus

A Kinshasa, les murs ont la parole contre le déni du coronavirus

On ne peut pas les rater: d’immenses fresques ont recouvert ces derniers jours les murs extérieurs de l’Académie des Beaux-Arts en plein coeur de Kinshasa, support populaire à des messages de prévention contre le coronavirus et le déni de la maladie.

A même le trottoir, des étudiants et jeunes artistes peaufinent leurs oeuvres typiques de la richesse des styles de l’école congolaise, tant prisée dans les galeries d’art contemporain depuis des expositions retentissantes (Africa Remix en 2005 et Kin Kitoko en 2015).

Dans la veine des maîtres de la peinture populaire congolaise (Chéri Samba, Moké), l’une de ces fresques représente une jeune femme masquée en train de se laver les mains, « gestes barrière » qui permettent évidemment de contenir le virus derrière les barreaux d’une prison, en second plan du tableau.

Amateur de culture urbaine, Chris Shongo a puisé dans le registre du graffiti pour styliser des messages en lingala, la langue de Kinshasa, à côté de motifs plus figuratifs (croix rouge sur un virus vert hérissé de pointes forcément agressives).

Sur un fond sombre et profond comme une nuit équatoriale, Prisca Tankwey disperse des statuettes sur une carte de l’Afrique. La jeune artiste s’inspire du rôle traditionnel de la statuaire africaine: convoquer les dieux, protéger les peuples.

Cet atelier en plein air se trouve sur « 24 », l’une des artères les plus fréquentées de la plus grande ville d’Afrique francophone (au moins dix millions d’habitants).

« Le but de cette campagne c’est de lutter contre la désinformation, montrer que la maladie est réelle, que le coronavirus existe réellement et que nous devons tous nous unir pour combattre cette pandémie », affirme le directeur de l’Académie des Beaux-Arts, l’artiste et professeur Henri Kalama Akulez.

« Beaucoup de personnes se demandent quelle est l’importance d’une école d’art dans un pays. C’est à des moments comme cela que nous démontrons que nous sommes là, et ce que nous pouvons faire pour notre pays », ajoute-t-il.

Connue à Kinshaa comme « l’Aca », l’école compte parmi ses anciens élèves bien des signatures de la peinture congolaise contemporaine, qui se sont souvent éloignés de son académisme par la suite, comme aujourd’hui la jeune Géraldine Tobé.

Hasard de la géographie urbaine, elle se trouve à deux pas d’un point de lavage des mains et de contrôle des températures, qui oblige les automobilistes à descendre de leur véhicule.

Ce point de contrôle sanitaire marque l’entrée et la sortie du premier épicentre de l’épidémie, la commune de la Gombe, isolée du reste de la ville depuis le 6 avril.

Depuis le premier cas déclaré le 10 mars, la RDC en a enregistré 5.477, dont 4.937 à Kinshasa. Il y a eu 122 décès.

Le déni de la maladie reste fort dans les quartiers populaires, malgré les messages de prévention qui tournent également en boucle à chaque appel en message d’attente diffusé par les opérateurs de téléphonie mobile. « Corona eza te » (il n’y a pas de corona) entend-on souvent dans les quartiers.

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