RDC : Après le procès Kamerhe… où en sont les autres dossiers ?

RDC : Après le procès Kamerhe… où en sont les autres dossiers ?

Après plus d’un mois d’une procédure inédite, retransmise en direct à la télévision congolaise dans des dizaines de milliers de foyers à travers tout l’immense pays d’Afrique centrale, le “procès des 100 jours” a livré son verdict et c’est un énorme coup de tonnerre dans le paysage politique congolais, à quelques jours du 60e anniversaire (sans fête à cause du Covid-19) de l’indépendance du pays, le 30 juin prochain.

Accusé d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars d’argent public, mais aussi de blanchiment et de corruption, dans le cadre de la gestion de ce programme d’urgence initié par le président Félix Tshisekedi. Vital Kamerhe, jusqu’ici directeur de cabinet du président de la République, a donc été condamné à 20 ans de travaux forcés par le tribunal de grande instance de Kinshasa.
Vital Kamerhe a également été condamné à 10 ans d’inéligibilité, qui démarreront après exécution de la peine. Les autres accusés dans ce procès hors normes, le businessman d’origine libanaise Jammal Samih, patron de deux sociétés chargées de construire des logements sociaux au profit des militaires et policiers congolais dans le cadre de ce programme des 100 jours, et Jeannot Muhima Ndoole, chargé du service import-export à la présidence de la République ont eux aussi été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés. Jammal Samih écope de 20 ans de prison, d’une peine d’expulsion définitive du territoire national après l’exécution de sa peine et d’une amende de 20 millions de dollars. Jeannot Muhima Ndoole est condamné à 2 ans de prison. Enfin, la justice a reconnu le fondement de l’action civile et a condamné les prévenus solidairement à payer à payer à la partie civile la somme de l’équivalent en francs congolais de 150 millions de dollars, à titre de dommages-intérêts.

RDC : 20 ans de travaux forcés pour Kamerhe

Commission rogatoire en France

La justice congolaise a aussi ordonné la confiscation des fonds placés sur les comptes d’Hamida Shatur, l’épouse de Vital Kamerhe, de Soraya Mpiana, la fille de cette dernière, et de Daniel Massaro, le neveu de Kamerhe qui avait défrayé les réseaux sociaux en apparaissant sur des photos sur lesquelles il mesurait son fils à coups de liasses de 10 000 dollars. Des propriétés immobilières acquises en RDC avec les fonds détournés ont aussi été saisies.
Enfin, on a appris en début de semaine dernière que la justice congolaise avait envoyé une commission rogatoire en France pour enquêter sur des biens acquis dans la banlieue parisienne par le couple Kamerhe-Shatur. Des biens que le principal prévenu a reconnu avoir achetés lors de son procès. Des voix se font désormais entendre pour appeler la France mais aussi d’autres pays européens, dont la Belgique, à être plus attentifs aux opérations – surtout immobilières – réalisées par des membres de la nouvelle équipe dirigeante.
La condamnation de Vital Kamerhe a suscité quelques réactions violentes de la part de ses partisans, notamment dans sa ville natale de Bukavu (province Sud-Kivu) où des sympathisants de son parti politique, l’Union des nationalistes congolais (UNC), sont descendus dans la rue pour faire entendre leur colère, notamment dans le quartier de Kadutu.

Des incendies ont également été boutés à certains endroits de la ville.

« Kamerhe n’était pas seul »
La condamnation de Vital Kamerhe, dont les avocats ont annoncé leur intention de faire appel, a aussi entraîné son lot de réactions. Pour les proches de la présidence, généralement avare de commentaire dans ce dossier, cette “condamnation démontre la volonté de Félix Tshisekedi de lutter contre l’impunité et de laisser travailler la justice en toute indépendance”.
Un argument qui fait sursauter les proches de Kamerhe qui, eux, pointent un doigt accusateur en direction de Tshisekedi. “Il s’est débarrassé d’un allié encombrant. Il ne faut pas oublier qu’il y avait un accord entre les deux hommes et que Tshisekedi devait soutenir la candidature de Kamerhe à la présidentielle de 2023”, rappelle un proche du président de l’UNC.

Vital Kamerhe, à son tour, renie sa signature

Différentes associations de la société civile congolaise mais aussi le Mouvement Unis, Réseau Panafricain de lutte contre la corruption, tout en saluant le “sursaut de l’état de droit que le peuple voudrait voir se poursuivre”, insistent sur le fait que “d’autres acteurs clés de cette affaire ne méritent pas d’être soustraits à la sentence retenue contre les prévenus”, elles visent ainsi notamment la banque qui a facilité les transferts et rappelle que “le programme des 100 jours ne se résume pas à la construction des maisons préfabriquées”…

RDCongo: l’opacité des accords Kabila/Tshisekedi est à la base des violences

Le programme des 100 jours, ce sont en effet plus de 400 projets dont près de 90 % sont des initiatives qui étaient déjà engagées avant l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, selon des déclarations de la présidence congolaise elle-même qui expliquait dans la foulée que seuls 10 % de ces marchés ont été passés de gré à gré.
Un système d’attribution de contrats qui a rapidement fait réagir les ONG citoyennes de la RDC qui ont fait remarquer que ce système en dehors de tout cadre légal et, souvent, à des prix bien trop élevés, était la porte ouverte à tous les dérapages et ne permettait aucun contrôle réel des dépenses.
(Voir le communiqué de Unis en dessous du texte)
Le 8 janvier dernier, quelques jours avant le premier anniversaire de l’installation de Félix Tshisekedi à la tête de l’État congolais, une ONG congolaise, l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), a chiffré le programme des 100 jours initié par la présidence congolaise à 2,5 milliards de dollars ! La présidence martèle, elle, son chiffre de 497 millions de dollars (le président avait évoqué 488 millions de dollars au lancement du programme), soit malgré tout plus de 8 % du budget total de l’État pour l’exercice 2019, selon les chiffres parus au début du mois de mai dans une étude réalisée par le Groupe d’Études sur le Congo (GEC), intitulée “Opacité, quand tu nous tiens”.

Communique UNIS

Que pensez-vous de cet article?