Soudan du Sud : Du rêve pétrolier au cauchemar de la guerre

Soudan du Sud : Du rêve pétrolier au cauchemar de la guerre

Les murs des maisons sont criblés d’impacts de balles, et les rues désertes jonchées de morceaux de métal. Bentiu incarnait les ambitions pétrolières sud-soudanaises, mais seules quelques pompes à essence hors service, dont une abrite la carcasse d’un véhicule blindé, rappellent ces espoirs de développement.

Les habitants de cette ville du Nord, porte d’entrée vers de nombreux gisements de pétrole de ce pays ayant accédé à l’indépendance en 2011, ont fui les combats entre les soldats du président Salva Kiir et les fidèles de l’ex-vice-président Riek Machar.
Quelque 120.000 d’entre eux vivent désormais à l’extérieur de la ville, dans des huttes en terre surmontées de bâches en plastiques et cerclées par des tranchées remplies d’eaux usées dans lesquelles atterrissent parfois les ballons d’enfants jouant dans les allées parfaitement alignées de ce camp de l’ONU.
Adieu la promesse de développement financé par le pétrole, dont la production a drastiquement baissé à la faveur d’une guerre qui déchiré le Soudan du Sud, faisant des dizaines de milliers de morts depuis décembre 2013 et marqué par des atrocités à caractère ethnique, dont le viol et la torture.
En tout, plus de 3,7 millions de Sud-Soudanais ont dû quitter leur foyer, soit le tiers de la population.
Après plusieurs années de combats et d’atrocités attribuables aux deux camps, les soldats gouvernementaux contrôlent désormais Bentiu, où un calme relatif s’est installé.
Mais ce n’est pas pour autant que les habitants du camp, principalement des membres de l’ethnie nuer, celle du rebelle Riek Machar, ont envie de rentrer chez eux. Les habitants n’ont plus d’endroit où rentrer et dépendent des Casques bleus pour leur protection. Les hommes craignent la mort, le femmes le viol.
« Il y a des patrouilles du gouvernement dans la zone », note Bator Keah, rappelant que l’armée est principalement constituée de membres de l’ethnie dinka, celle du président Kiir. « Je suis un Nuer, dit-il, il est évident que je perdrais la vie facilement ».
« Tout doit être construit »
Sauf qu’il est parfois impossible de couper à une sortie, et les femmes n’ont parfois d’autre choix que d’aller seule aux alentours pour rassembler du bois pour le feu. « S’ils voient une femme seule comme moi, ils vont vite arriver », assure Nyadak Puok, qui réside dans le camp depuis 2014.
Les organisations humanitaires ont bien fourni des matériaux de construction pour que les habitants de Bentiu puissent à nouveau habiter la ville, et l’ONU envoie régulièrement des Casques bleus protéger les femmes qui vont collecter du bois, mais seule une paix durable pourra ramener une vie normale à Bentiu, soutiennent les déplacés.
Un paix que les agence humanitaires ne peuvent assurer.
« Je ne suis pas celui qui va apporter la paix à ce pays », a d’ailleurs affirmé le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, à l’occasion d’une visite à Bentiu. « Ce sont les leaders de ce pays qui vont y apporter la paix ».
En attendant, dans le camp de Bentiu, les chefs locaux se plaignent du manque de distractions censées empêcher les jeunes de se livrer au vol, voire de devenir des combattants.
Des jeunes pour qui l’avenir dans un Soudan du Sud déchiré reste plus qu’incertain : « Ce qui doit être fait est immense, en terme de développement, en termes de construction d’institutions », note M. Grandi, après avoir brièvement visité la ville déserte et pris la mesure de sa misère. « En fait, tout doit être construit ».

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