Opinion: la RDC vers une crise institutionnelle à la veille du 60ème anniversaire de l’indépendance ?

Opinion: la RDC vers une crise institutionnelle à la veille du 60ème anniversaire de l’indépendance ?

Par Bibiche Bolobiongo, étudiante à la North Carolina State University.

Le pays de Lumumba célèbrera, le 30 juin 2020, le 60e anniversaire de son accession à la souveraineté nationale. Si dans d’autres pays, une telle occasion constitue un moment fort de souvenirs et de renforcement de la démocratie, il en est autrement en République Démocratique du Congo.

En effet, cette ancienne colonie belge, appelée Congo belge de 1908 à 1960 et Congo-Léopoldville jusqu’en 1966, voit se succéder depuis les années 60, les crises et les conflits, empêchant son développement tant politique qu’économique et social. Rappelons: 1960-1963 : la crise congolaise ; 1963-1965 : les rebellions populaires ; 1965-1990 : la Deuxième République de Mobutu, avec son cortège de problèmes (parti unique, confiscation des libertés individuelles et même collectives, sans omettre la Zaïrianisation qui donna un coup fatal à l’économie.) ; 1990-1996 : la longue transition dite « démocratique », avec ses blocages, ses cohabitations difficiles et ses crises institutionnelles ayant entrainé la guerre ; 1996-1997 : la guerre dite « de libération », qui a introduit des armées étrangères avec des conséquences visibles sur l’affaiblissement de l’appareil sécuritaire jusqu’à ce jour. Cette faiblesse a conduit à l’assassinat de Laurent Désiré Kabila en 2001 et le régime de son fils, Joseph Kabila, a été prolongé jusque 2019, date de la l’alternance démocratique qui trompe l’œil sous Félix Tshisekedi.

Nous pouvons ajouter le caractère d’une classe politique corrompue profondément ainsi que la main noire de la communauté internationale, qui n’a jamais cessé de collaborer avec des leaders incompétents et illégitimes au détriment de la volonté de la population congolaise.

Au 21ème siècle, ce pays potentiellement riche regorge de l’une des plus pauvres populations au monde. Le peuple congolais n’a pas d’accès à des soins de santé adéquats; le système éducatif est totalement détruit; la population n’a pas accès à l’eau potable ni à aucune infrastructure de base adéquate. Bref, la misère est indescriptible et la crise sanitaire planétaire assombrit encore l’horizon en RDC.

C’est sur cette sombre toile de fond que la classe politique dans son ensemble se donne en spectacle pour distraire la population, avec des guerres au sein des institutions de la République depuis la fameuse alternance du 24 janvier 2019. La population assiste, impuissante, aux séquences théâtrales de mauvais goût tantôt au sein du parlement entre des députés supposés alliés, tantôt entre le parlement et le pouvoir judiciaire, tantôt entre les bureaux des deux chambres et le Président de la République, tantôt entre le Sénat et le pouvoir judiciaire avec tout ce que cela apporte comme discrédit dans l’opinion interne et externe

La RDC n’est pas sortie de l’auberge. Malgré les déclarations de bonnes intentions, l’immoralité, le détournement des deniers publics et la gabegie financière, la recherche de l’intérêt personnel et égoïste sont des gangrènes qui frappent toutes les institutions de la RDC ainsi que sa classe politique dans son ensemble pendant cette période difficile.

Au regard de ce qui précède, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le Congo de Lumumba souffre d’une crise institutionnelle à la veille du 60ème anniversaires de son indépendance. La crise qui se profile à l’horizon risque d’amener le pays vers un chaos sans précèdent, alors qu’elle n’est rien d’autre que l’accumulation des différentes crises de légitimité qu’a connu la RDC depuis son accession à la souveraineté nationale jusqu’à ce jour.

Nous sommes convaincus que l’unité nationale reste la solution adéquate pendant cette période difficile pour la cohésion nationale. Un dialogue de haut niveau impliquant les acteurs majeurs de tous bords (tant de l’intérieur que de l’extérieur du pays) pourrait cimenter une réconciliation et encourager à entreprendre des réformes utiles à la sécurisation et à la crédibilisation d’une feuille de route consensuelle pour l’avenir politique et économique de la RDC.

Dans le cas contraire le peuple congolais n’aura pas d’autre choix que celui de se prendre en charge en balayant toutes cette classe politique qui a détruit notre avenir et veut également détruire celui de nos enfants. Il est évident que la prise en charge du peuple congolais par lui-même donnera naissance à une nouvelles classe politique, constituée des vrais patriotes unis autour de valeurs afin de bâtir un nouveau Congo dans lequel il fera bon vivre.

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