La diplomatie pour les nuls: RDCongo: à table!

La diplomatie pour les nuls: RDCongo: à table!

Par Marie-France Cros.

Au début de ce mois, on apprenait que Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale congolaise, avait demandé au Premier ministre Sylvestre Ilunga un « complément de rémunération » pour ses 500 députés équivalant à 2000 dollars par mois et par personne, ainsi qu’une « révision à la hausse de 50% de l’enveloppe allouée au fonctionnement de l’administration de l’Assemblée ». Dans les couloirs de Kinshasa, on assure que les députés touchent actuellement autour de 5000 dollars par mois; avec 2000 de plus, cela ferait 7000 dollars par mois, une somme considérable au Congo.

Si ce supplément était accordé, cela coûterait à l’Etat un million de dollars en plus par mois – mais cette somme est toute théorique. Car, comment imaginer, en effet, que les sénateurs ne réclament pas, eux aussi, un supplément de salaire, histoire de marquer l’importance de la chambre haute? Et les ministres voudront, bien sûr, eux aussi maintenir leur standing par rapport aux parlementaires.

Eh! Mettez-vous à la place des députés! Ils sont arrivés à l’Assemblée nationale non grâce au vote des citoyens mais nommés par la Commission électorale nationale indépendante (sic), sur base de listes constituées en plus haut lieu, conformément à un accord entre le Président qui ne voulait pas sortir, Joseph Kabila, et celui que ce dernier avait choisi d’asseoir sur son fauteuil en dépit des résultats électoraux. Dans ces conditions, quelle chance ces députés ont-ils d’être jamais élus pour de vrai? S’ils ne ramassent pas maintenant les œufs d’or, ils ne les verront plus jamais à leur portée. Et qu’importe si la poule doit en crever, puisque ses œufs ne leur sont pas destinés? Peut-on, dès lors, s’étonner que les députés se sentent comme renards en poulailler?

Oui mais il y en a, au Congo, qui n’aiment pas les renards.

Lundi, les professeurs de l’Université de Kinshasa ont demandé « la publication de toutes les rémunérations » du Président de la République, des parlementaires, des membres du gouvernement et des magistrats des cours et tribunaux. Ils exigent en outre « 5000 dollars au moins » de salaire pour les professeurs associés et la révision à la hausse de toutes les catégories au-dessous de ceux-ci, ainsi que « l’amélioration des conditions de vie et de travail » de tous les personnels de l’Unikin.

D’autres qui n’aiment pas les renards, ce sont les militaires et les policiers. Depuis le week-end dernier circule sur internet une « déclaration » simplement signée « FARDC », l’armée, et « PCN », la police. Le texte anonyme rappelle que l’index des salaires à l’armée va de 1200 dollars maximum pour un général, à 120 dollars pour la recrue, tandis que les avantages sociaux et primes votés en leur faveur n’ont « jamais, alors jamais, été exécutés par l’autorité budgétaire qui est l’Assemblée nationale ». Et de rappeler que, selon la Constitution, « tous les Congolais ont le droit de jouir des richesses nationales ».  Les auteurs de la déclaration – dont on ignore le grade mais dont on peut être sûr qu’ils parlent au nom de tous les ennemis des renards – ont le sens de l’humour. Dans cette « dernière mise en garde » aux députés, ils terminent par cette menace: « Si dans les jours qui viennent, il n’y a pas changement de vos comportements à notre égard, vous prendrez nos places pour défendre le pays avec les armes en main et, à notre tour, nous deviendrons les honorables et honorés députés animés de servir la nation avec dévouement ».

https://afrique.lalibre.be/51425/51425/

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