RDC : La présidentielle de 2023 déjà en danger

RDC : La présidentielle de 2023 déjà en danger

Qui va présider la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en République démocratique du Congo ? De la réponse à cette question risque de dépendre une bonne part de la crédibilité des prochaines échéances électorales congolaises.
Depuis le premier scrutin présidentiel “démocratique” de 2006, la Ceni (alors Commission électorale indépendante – CEI) est au cœur de tout le processus électoral et, malheureusement, des nombreux “doutes” qui ont émaillé tous les passages par les urnes.

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À chaque scrutin, de l’abbé Apollinaire Malu Malu en 2006, au pasteur Ngoy Mulunda en 2011 et enfin à Corneille Nangaa en 2018, les présidents successifs ont été pointés du doigt pour leur proximité avec le pouvoir. Depuis le 30 juin 2019, la Ceni de Nangaa est démissionnaire, une nouvelle équipe doit être constituée pour plancher sur les futures échéances électorales avec, en point d’orgue, la présidentielle de 2023.
Personne n’a oublié les conditions dans lesquelles se sont déroulés les scrutins de 2018 sous la présidence de Corneille Nangaa, candidat présenté par les protestants. Car en effet, le président de la Ceni est désigné par la plate-forme des confessions religieuses de la RDC. Une plate-forme qui comprend huit acteurs : les catholiques, les protestants (Église du Christ au Congo), les musulmans, les kimbanguistes, les églises du Réveil, les salutistes, les orthodoxes et l’Union des églises indépendantes du Congo.

Pas de consensus

La semaine dernière, la plate-forme s’est réunie pour tenter de se mettre d’accord sur le nom du candidat président qu’elle devra ensuite présenter à l’Assemblée nationale. Le dernier mot revenant ainsi au pouvoir législatif largement entre les mains de la famille politique de Joseph Kabila. Mais les représentants de ces huit institutions ne sont pas parvenus à trouver un nom qui fasse consensus. Après un certain élagage des candidatures, il s’est avéré dans la dernière ligne droite que les candidats soutenus par les catholiques et les protestants (respectivement Cyrille Ebokoto et Rémy Eale) ne convainquaient pas les 6 autres confessions qui leur préféraient le candidat défendu par l’Église kimbanguiste, Ronsard Malonda. Un candidat – très – proche de Corneille Nangaa puisqu’il est secrétaire exécutif de la Ceni sortante. Inacceptable pour les catholiques et les protestants qui ne peuvent envisager de donner la présidence à un membre de la Ceni sortante. “Il est manifestement indécent d’envisager, un seul instant, de hisser à la tête de la Ceni un autre pion de la manipulation des élections…”, écrit dans son communiqué le CLC, l’organisation laïque qui soutient les catholiques congolais.

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L’opposition politique, incarnée par la Plate-forme Lamuka, est aussi sortie de son mutisme pour dire non à l’éventuelle désignation de Ronsard Malonda, expliquant notamment, dans un communiqué signé par Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu et Adolphe Muzito, que “les personnes ayant pris une part active à l’organisation des élections passées doivent d’office être écartées, car ayant contribué aux fraudes massives que nous déplorons”, n’hésitant pas non plus à évoquer “la corruption” et “l’argent de la honte” qui auraient motivé le choix de certains membres de cette plate-forme des confessions religieuses.
Piqués au vif, les 6 confessions qui se sont rangées derrière la candidature de Malonda ont à leur tour répliqué sur le même ton, offrant une image déplorable dans un débat aussi crucial pour l’avenir des principales institutions de la RDC.
En l’absence de consensus, la réunion des 8 et 9 juin derniers a été suspendue. La rupture paraît nette entre catholiques et protestants, d’une part, et les 6 autres membres des confessions religieuses. Dans ce cas de figure, il est prévu, dans les statuts de la plate-forme, de recourir au vote. La donne semble claire, malgré leur poids réel dans la société congolaise, les catholiques et les protestants ne feront pas le poids face aux six autres courants. Ronsard Malonda apparaît donc comme le favori à moins que…

Intervention présidentielle
Depuis l’annonce de l’échec des pourparlers entre les représentants des confessions religieuses, le 9 juin, la pression monte sur les six “églises” qui ont soutenu Ronsard Malonda. L’un des leurs, Lucien Lamatière, chef des Salutistes, a été privé de passeport et entendu par les services de sécurité. D’autres ont reçu des visites nocturnes. À chaque fois, ils ont été questionnés sur les raisons de leur choix et sur la possibilité de relancer un débat à 8 lors duquel ils soutiendraient un nouveau candidat qui ne serait ni proche de la Kabilie, ni de l’opposition…

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Silencieux dans ce dossier, l’actuel hôte de la présidence congolaise, Félix Tshisekedi, semble soudainement s’intéresser à ce débat crucial dans la course à sa succession… Les six représentants qui ont soutenu Malonda sont attendus ce mardi matin à la présidence.

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