RDC : Non aux enquêteurs vraiment indépendants sur le Kasaï

RDC : Non aux enquêteurs vraiment indépendants sur le Kasaï

 Le ministre Thambwe annonce à Genève que Kinshasa refusera d’accueillir tout expert indépendant de l’Onu pour le Kasaï, sauf s’ils coopèrent avec les magistrats congolais.

Cette position ne va pas améliorer l’image de marque – déjà très détériorée – de la RDC devant les instances des Nations unies.
En effet, les autorités de Kinshasa mènent campagne à Genève contre une mission d’enquête internationale sur les violences dans la région du Kasaï.
Le ministre conglais de la Justice, M. Alexis Thambwe Mwamba a laissé entendre ce lundi 19 juin que des experts indépendants de l’ONU ne pourraient entrer dans le pays s’ils ne coopèrent pas avec les magistrats congolais. Le Haut Commissaire aux droits de l’homme Zeid Raad al-Hussein a demandé la semaine passée le lancement d’investigations internationales sur les violations des droits humains au Kasaï central et oriental. Une résolution sur le sujet sera soumise au vote au Conseil des droits de l’homme jeudi ou vendredi.
La mise en place d’une mission d’enquête internationale d’un an poserait « problème » et « serait difficilement applicable », a assuré devant la presse le ministre de la Justice congolaise. S’il accepte l’aide d’experts internationaux travaillant sous l’égide de magistrats congolais, le gouvernement refuse de donner les rênes des enquêtes en cours à des juges étrangers.
M. Thambwe Mwamba a laissé entendre que la RDC refuserait d’accueillir les membres d’une telle mission. « Comment voulez-vous que des experts puissent aller dans un pays étranger sans passer par les autorités nationales? (…) Comment vont-ils avoir les visas? Comment vont-ils avoir accès aux provinces? « , s’est-il interrogé.
Il en résulterait la mise sur pied, « comme par le passé dans d’autres pays, de commissions indépendantes qui se sont contentées d’aller dans les pays frontaliers et ont écouté des réfugiés ».
Les violences au Kasaï impliquent miliciens, soldats et policiers. Elles ont fait plus de 400 morts – dont deux enquêteurs de l’ONU tués en mars – et causé le déplacement de 1,3 million de personnes.
Quatre meurtriers arrêtés !
M. Thambwe Mwamba a souligné la compétence de la justice congolaise et les avancées sur les enquêtes en cours. Les quatre principaux meurtriers des deux experts de l’ONU ont été identifiés et arrêtés, a affirmé le ministre de la Justice. Leur procès a commencé le 5 juin. Les huit autres personnes apparaissant dans la vidéo des décapitations sont en fuite.
Un autre procès, portant sur le massacre de civils par des militaires, suit son cours. M. Thambwe Mwamba n’a toutefois pas précisé quand les deux procédures seront terminées.
Interrogé sur le sort du principal opposant Moïse Katumbi, le ministre de la Justice a indiqué qu’il pouvait rentrer en RDC quand il veut. Il devra toutefois se présenter à la justice. Candidat à la prochaine présidentielle, M. Katumbi a été condamné à 3 ans de prison dans une affaire immobilière et doit encore comparaître dans un procès sécuritaire.
Exilé à Bruxelles, il a porté plainte récemment à Genève contre les autorités congolaises auprès du Comité des droits de l’homme pour « acharnement continu ». Il a déjà remporté une petite victoire. Dans une lettre datée du 13 juin, l’institution onusienne a sommé le gouvernement de RDC de l’autoriser à rentrer et d’assurer sa sécurité.
Instruction en Belgique
Le ministre de la Justice, lui, fait l’objet d’une instruction en Belgique dans un dossier qui remonte à sa période de rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), en 1998. Alors opposé à Laurent-Désiré Kabila, il avait annoncé que son mouvement avait fait exploser un Boeing en plein vol. Un avion qui accueillait des militaires kabilistes selon lui. Une version réfutée par le plaignant dans ce dossier qui explique que l’avion, décollant de Kindu (1200 km à l’est de Kinshasa) était occupé par cinquante civils.

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