Baignade dans la mangrove

Baignade dans la mangrove

À Ndoumboudj, sous quarante degrés, les jeunes construisent une ferme biologique qui changera la vie du village.

Reportage Laurence Bertels envoyée spéciale au Sénégal

Il est des images, des rires et des instants qui valent tous les discours du monde. Telle cette baignade improvisée dans la mangrove de Toubacouta, au sud du Sénégal. Proposez de nager à des adolescents qui travaillent plusieurs heures par jour sur un chantier, entre chaleur, poussière et ciment et vous les verrez réagir au quart de tour ! Même les jeunes Sénégalais, peu enclins à la natation, se retrouvent à l’eau, parfois de force mais toujours avec le sourire sachant que les nageurs sont là pour les rattraper voire les promener sur leur dos une demi-heure durant. Existe-t-il plus belle preuve d’échange, priorité des priorités pour Asmae, cette association d’éducation et de coopération aux développements, qui se veut solidaire autrement ? Non.

Dans la savane

Mais que font donc ces quarante jeunes dans la savane ? Ils participent à deux projets, éloignés d’une vingtaine de kilomètres l’un de l’autre et se réunissent pour la première fois en ce 3 avril 2017. Il s’agira d’une part, à Ndoumboudj, de construire un poulailler pour une ferme pédagogique et biologique afin d’améliorer la sécurité alimentaire, de favoriser l’agriculture durable et de lutter contre l’exode rural. Quelques poulets à manger et à vendre au marché, de l’engrais et un potager bio, il n’en faut parfois pas plus pour changer la vie d’un village. Et de tous les habitants de la communauté rurale de Toubacouta, soit 26 000 personnes. De l’autre, à Mbouloum, l’enjeu consiste à construire

une classe supplémentaire pour l’école du village. Concentrons-nous d’abord sur Ndoumboudj, dans la région de Fatick, au nord de la Gambie, où travaillent, vivent, échangent onze Sénégalais et onze élèves des écoles Collège Notre-Dame de la Paix d’Erpent et de l’Institut Saint-Joseph de Jambes entourés par trois professeurs et par Candice Lenoble, responsable d’Asmae, association d’éducation et de coopération aux développements.

Des conditions parfois difficiles

Rendez-vous dès 9 heures à l’école du village pour accompagner les jeunes sur le chantier. La classe dortoir, avec ces matelas de mousse alignés les uns à côté des autres, protégés par une moustiquaire, vient d’être rangée. Les tâches matinales s’achèvent, dont le nettoyage des toilettes turques qui se transforment en douche grâce au seau d’eau quotidien auquel chaque personne a droit. Difficile, pour certains, certes, mais l’humain s’habitue à tout. À l’hygiène, à la chaleur – quarante degrés aujourd’hui ! – à l’éternel riz au poisson partagé à six autour d’un plat et à même le sol. D’autant que ces conditions de vie accroissent le sentiment de fraternité des uns et des autres.

Ambiance camp scout ou Koh Lanta

D’un pas lent, sous la chaleur torride, nous accompagnons les jeunes au chantier, cette ferme pédagogique dont le bâtiment – une pièce d’environ 11mètres sur 7 – est déjà construit, grâce à la présence, l’an dernier, de volontaires encadrés par Asmae et soutenus financièrement par le collège Saint-incent de Soignies. Le poulailler, lui, est en pleine évolution. Après avoir défriché le terrain et creusé les fondations, les jeunes Belges et Sénégalais s’activent à la construction des murs. Transport de briques, préparation du ciment, élévation du mur… On se balade en brouette, on se retartine de crème, on pose trois briques, on cherche l’ombre et chacun trouve sa place. Grâce, entre autres, à Demba Drame, animateur et volontaire d’AJE (Agence Jeunesse et Environnement, le correspondant sénégalais d’Asmae). Fin pédagogue, Demba, tire le meilleur de chacun, nomme Maxime responsable du reportage, son copain, du respect des horaires etc. Il sensibilise aussi les Sénégalais pour qu’ils assurent la bonne marche de la ferme, par la suite. Pour eux, cette expérience est essentielle et l’apprentissage du français, grâce aux échanges avec les Belges, représente un atout considérable.

La sieste

Retour ensuite au campement pour partager le repas préparé depuis le matin par les cuisinières. Un long temps de sieste s’impose vu la chaleur étouffante accrue par l’“Harmattan”, ce vent chaud qui souffle au point de déclencher une mini tornade de sable. Puis, sous le manguier, sonne l’heure de la deuxième évaluation du séjour. Les échanges entre Belges et Sénégalais sont-ils plus fréquents qu’avant ? Oui ! Les conditions de vie sont-elles plus faciles à supporter ? Oui ! L’humour et bonne humeur restent de mise en toutes circonstances. “Au début, je me demandais ce que je faisais là”, nous dit Aurore, étudiante à l’Institut Saint-Joseph et remarquable joueuse de football. “Maintenant je ne veux plus rentrer.”

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