Parc national des Virunga: cohabitation conflictuelle ou solutions adaptées ?  

Parc national des Virunga: cohabitation conflictuelle ou solutions adaptées ?   

Par Jean-Pierre Muongo, notable du Nord-Kivu

Le parc National des Virunga, géré par l’ICCN (Institut congolais de conservation de la nature) a connu un essor formidable ces dix dernières années et continue à être un des fleurons environnemental et touristique dans la province du Nord-Kivu. La reconstitution des familles de gorilles, les chimpanzés, hippopotames et autres animaux ainsi que l’installation d’infrastructures témoignent d’une réelle volonté de développer ce parc.

Son amélioration n’a pas été sans peine et l’assassinat de douze des ses gardes fait suite à d’autres attaques qui ont coûté la vie à plus de 170 gardiens du parc depuis 1994 et à un attentat sérieux contre son directeur.

Outre ces événements qu’on pourrait qualifier de ponctuels, le Parc national connaît un certain nombre de problèmes pour sa survie, dont la compréhension permettrait d’apporter des solutions à sa coexistence avec la population du Nord-Kivu. On peut citer, sans être exhaustif :

  • le problème d’occupation par des groupes armés exploitant des arbres pour la production de charbon de bois, en forte demande dans les agglomérations voisines;
  • le problème culturel d’acceptation ou de refus du parc;
  • le problème de diversification des ressources exploitées, dont le pétrole;
  • et surtout le problème démographique, mettant en compétition son existence et l’occupation par des populations.
  1. Groupes armés :

Depuis 1994, suite aux hostilités au Rwanda, des groupes armés se sont installés dans le Parc; il est difficile de les extirper. Ces groupes s’adonnent à l’exploitation de charbon de bois, fournissant, par des réseaux organisés avec l’extérieur, leurs produits à la ville de Goma et aux agglomérations entourant le parc (Rutshuru, Kiwanja, Rugari, Nyiragongo ….). La valeur financière du charbon de bois et autres ventes d’animaux est tellement importante (on parle de près de 50 millions des dollars par an) qu’il faut une stratégie particulièrement intransigeante pour chasser ces groupes armés du Parc.

  1. Problèmes culturels :

Théoriquement, les parcs nationaux offrent des habitats intacts à la faune et à la flore indigènes et permettent au paysage naturel de se développer librement. Ils sont utiles à l’équilibre de la vie des hommes, des animaux et de la végétation, ainsi que pour la détente, l’éducation à l’environnement et la recherche. Ils sont composés d’une zone centrale, cœur du parc, et de zones périphériques en contact avec des humains. Le Parc national des Virunga, très riche par sa faune et sa flore, comporte 4 secteurs et un domaine de chasse, dit de la Rutshuru.

Pour protéger, entretenir et s’approprier des valeurs et vertus d’un parc comme celui des Virunga, les populations doivent y être éduquées, comme cela se passe partout dans le monde, à partir de la petite enfance. Mais, pour beaucoup, le Parc ne serait qu’une source de nourriture et de revenus.

  1. Autres ressources :

En 2018, le Ministre des Hydrocarbures a décidé de déclasser près de 20% des 7.900 kilomètres carrés du Parc des Virunga pour créer une zone d’exploitation pétrolière. Sans préjuger des avantages et inconvénients, et surtout de la compatibilité d’un tel projet avec la protection de la nature, on a constaté des troubles et contestations de nature à perturber la bonne marche des programmes de gestion du Parc.

  1. Le problème démographique :

A terme, ce problème est le plus important et les confrontations régulières entre les populations et l’ICCN obligent à rechercher des pistes de solution durables. Ne pas tenir compte de cet aspect amène à mal poser le problème tant et si bien que des personnalités politiques promettent des terres du Parc aux électeurs potentiels, des membres de la société civile défendent les dépassements des limites du Parc et des autorités publiques visent à modifier les contrats de création et/ou de protection du Parc.

La pression sur le Parc des Virunga est exercée en grande partie par les territoires de Nyiragongo, Masisi, Lubero et Rutshuru, qui ont tous une densité dépassant 100 habitants au kilomètre carré. On peut avancer que l’accroissement des populations dans ces territoires peut être expliqué par l’apport des Rwandais qui se sont installés depuis le génocide de 1994.

L’occupation des espaces autour du Parc, comme ailleurs dans la province et dans le pays, se fait autour d’activités agricoles de subsistance. Il est dès lors difficile d’arrêter l’expansion due à l’accroissement démographique sans penser ou repenser à rationaliser ce type d’occupation.

Pour trancher entre la démarcation des limites du Parc et les populations, il convient d’intégrer ce problème dans un plan de développement axé sur :

  • l’aménagement du territoire de la Province du Nord-Kivu impliquant l’aménagement des villages bordant le Parc ;
  • l’amélioration de la productivité dans le domaine agricole et la définition de politiques agricoles basées sur les chaînes de valeur dans ce sens ;
  • la poursuite du plan énergétique de la fondation Virunga ( Matebe, Luviro et Mutwanga) comme base du plan énergétique de la province ainsi que le programme d’exploitation de gaz méthane et l’attente du projet Ruzizi III ;
  • La projection du plan de mobilité dans la province et la promotion des projets interprovinciaux avec les provinces voisines ;
  • Le financement budgétaire des entités administratives pour une pleine participation aux programmes (chefferies, territoires, secteurs, groupements et localités).

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