Burundi: un des pays les plus pauvres du monde, encore appauvri par la crise politique

Burundi: un des pays les plus pauvres du monde, encore appauvri par la crise politique

 
Par Marie-France Cros.
 
Si le Burundi figure depuis longtemps au bas du classement mondial des pays par leur niveau de vie, sa situation s’est aggravée considérablement en 2015, à la suite de la crise politique provoquée par l’obstination de Pierre Nkurunziza à se maintenir au pouvoir.

 
La violence et la cruauté de la répression des protestataires a, en effet, provoqué – outre des centaines de morts et des milliers d’arrestations – la fuite de 400 000 Burundais à l’étranger. Le pays s’est ainsi privé d’une partie de sa main-d’œuvre, alors qu’il pâtissait déjà du départ de nombreux intellectuels. Dans son intolérance envers toute critique, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a, en effet, chassé ou muselé ses dissidents (ou supposés tels) au profit de ses membres qui s’étaient illustrés militairement aux temps de la guérilla. Et l’intelligentsia de l’opposition a bien souvent dû prendre le chemin de l’exil pour rester en vie.
 
Moins d’aide extérieure
 
La violence de la répression a aussi poussé les bailleurs de fonds à diminuer leur aide, qui représentait 48 % des revenus du pays en 2015 ; elle en représente aujourd’hui 33 %.
 
Autre source de revenus pour l’État burundais : sa fourniture à l’Union africaine (UA) de plus de 5000 soldats pour les “casques blancs” en Somalie. Or, en 2019, l’UA a ordonné le rapatriement d’un millier d’entre eux, à la grande fureur de Gitega, la nouvelle capitale burundaise. Selon un article de décembre 2018 d’Athanase Karayenga, de la Fondation Bene Burundi, le gouvernement Nkurunziza gagnait ainsi jusque-là quelque 2 millions de dollars par mois, en retenant près de la moitié de la solde de ses soldats payée par l’Union africaine. Rien ne permet de penser que cette somme sert à améliorer l’équipement de l’armée.
 
Celle-ci, découragée, recourt de plus en plus souvent à des Imbonerakure habillés en soldats – mais souvent chaussés de baskets – pour affronter, sans y être formés, les incursions rebelles aux frontières.
 
Moins de trois semaines de réserves
 
Restent les exportations de café, qui avaient permis de ramener un peu de croissance en 2018, après la récession qui avait suivi la répression de 2015. Ses bénéfices en sont cependant bien rongés par la pandémie de coronavirus. La fermeture des frontières a en effet coupé le Burundi de ses principales importations, venues d’Inde, de Chine et de Dubai. De nombreux commerçants en sont réduits à vendre leurs stocks mais n’augmentent pas forcément les prix faute de clients pour acheter. La Banque nationale du Burundi n’a plus que pour deux ou trois semaines de réserves pour payer les importations.
 
Dans le même temps, le manque de développement sous la gouvernance CNDD-FDD laisse les paysans – qui forment 90 % de la population mais sont moins de 2 % à avoir accès à l’électricité – sans marchés pour leur production ; c’est actuellement le cas pour les agrumes, qui restent sur les bras des producteurs. En quinze ans de régime CNDD-FDD, le nombre de Burundais vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 65 % à 75 % de la population. Et 60 % des enfants ont des retards de croissance dus à la malnutrition.
 
“Dieu” protège du coronavirus
 
Pas plus qu’elles n’avaient fait face à l’accroissement spectaculaire du nombre de cas de paludisme ces deux dernières années (50 % en plus qu’en 2018 à la même période), les autorités ne prennent au sérieux la pandémie de coronavirus, dont “Dieu” garderait le pays en raison de sa ferveur religieuse, alors qu’on craint une explosion des cas après la campagne électorale. Cela n’a pas empêché Gitega d’expulser le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et trois de ses experts, la semaine dernière.
 
Credendo, l’organisme public belge de garantie à l’exportation et aux investissements a donné au Burundi sa pire cotation pour le risque politique (à court, moyen et long termes), le risque commercial, les investissements directs et le risque à l’exportation.

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