Gabon : Protéger les éléphants mais aussi les villageois

  • Dans Gabon
  • 17 juin 2017
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Gabon : Protéger les éléphants mais aussi les villageois

Depuis quelques mois, éléphants et villageois vivent en paix dans le parc national de la Lopé au Gabon où des barrières électriques empêchent les pachydermes, espèce menacée et protégée, de ravager les plantations.

« La nourriture est en sécurité, les éléphants ne dévastent plus », sourit Flavie Mabara, agricultrice du village de Kazmabika, qui peut désormais cultiver en toute quiétude ses tubercules, bananes et tarot dans un enclos électrifié.
Sur environ 15 km, une clôture électrique alimentée par des panneaux solaires protège depuis près de quatre mois les plantations des habitants du parc national de la Lopé, situé au coeur du Gabon, entre le cours majestueux du fleuve Ogooué, des savanes et des collines verdoyantes dont le célèbre mont de Brazza.
Depuis des mois, les autorités gabonaises communiquent sur une solution au « conflit homme-faune » qui oppose paysans et éléphants: des barrières électriques qui empêchent les pachydermes de ravager les plantations.
Cette technologie, importée du Kenya, a déjà prouvé son efficacité dans ce pays touristique d’Afrique de l’est.
« Nous avions déjà essayé les cartouches de piment, les ruches d’abeilles, mais toutes ces méthodes ont conduit à l’échec », explique le professeur Lee White, secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), une véritable institution dans ce pays de 260.000 km2 (la moitié de la France) dont 80% du territoire est couvert par de la forêt.
« Il y a actuellement trois barrières au Gabon, mais je vise 500 barrières », ajoute M. White, décrit comme un « Tarzan de la vie réelle » dans un article du magazine « National Geographic » en 2016.
Le principal souci reste le coût de la clôture, rapporte à l’AFP un gardien chargé de la maintenance de la clôture dans le parc. Selon lui, environ 35 millions de francs CFA (53.400 euros) ont été dépensés pour cette seule structure par le gouvernement.
Un problème d’autant plus épineux que le pays pétrolier connaît de graves difficultés financières avec de nombreux retards de paiements auprès des entreprises et des fonctionnaires.
L’ANPN tentera de réduire le coût des prochaines barrières à 10 millions de FCFA (15.200 euros), selon M. White.
Les pachydermes menacés
Entre deux conférences à l’étranger, le professeur White explique que le braconnage incite les éléphants à se rapprocher des villages, où ils menacent directement de maigres plantations de subsistance.
« Nous, on ne veut pas des éléphants parce qu’ils mangent nos plantations (…); nous, on n’a pas d’autre travail », confie ainsi Mme Mabara.
Les paysans vont en effet jusqu’à tuer les pachydermes épargnés par les braconniers, se plaignant du manque de dédommagement de la part des autorités.
Or, le Gabon abrite la moitié de la population mondiale d’éléphants de forêt, différents des éléphants de savane notamment par leur plus petite taille, et des éléphants d’Asie.
Et l’espèce est menacée au Gabon. Les populations d’éléphants de forêt dans le parc de Minkébé dans le nord-est, à la frontière avec le Congo et le Cameroun, ont chuté de près de 80% en une décennie dans les années 2000 à cause du braconnage, avait indiqué en février une étude du département d’écologie tropicale à l’Université Duke en Caroline du Nord.
Selon une autre étude de l’ONG Elephants Without Borders publiée fin août, le continent africain comptait 20 millions d’éléphants de savane avant la colonisation européenne, passant à 1,3 million en 1979 et chutant à 352.000 spécimens en 2014.
Ce conflit « hommes-espèces sauvages » est mondial, rappelait Claudia Sobrevila, responsable de programme du Global Wildlife Program (GWP) à la Banque mondiale – qui finance 19 projets nationaux en Afrique et en Asie – lors du lancement en avril dernier à Libreville du projet de gestion de la faune et des conflits homme-éléphants.

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