Libre Opinion: RDC: l’UDPS est -t-elle réellement au pouvoir?

Libre Opinion: RDC: l’UDPS est -t-elle réellement au pouvoir?

Par Dominique Kabongo, politologue – York University.

L’UDPS est-elle réellement au pouvoir? Pour répondre à cette question, j’ai préféré attendre. Ne dit-on pas que le temps est toujours le meilleur allié de la vérité?

En dépit de la joie et de la célébration par le peuple congolais que l’on a vu le 24 janvier 2019, nous – dissidence des cadres extérieurs de l’UDPS – avions dit à l’époque qu’il n’y avait pas lieu de célébrer car nous n’étions pas au pouvoir. L’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de l’Etat n’était pas la victoire de l’UDPS, encore moins celle du peuple congolais. Dans notre déclaration du 28 février 2019, nous avisions d’ailleurs l’opinion nationale et internationale que la situation demeurait très dangereuse parce qu’elle ne fédérait pas la majorité des Congolais et risquait de faire perdre à l’UDPS et aux Congolais les acquis d’une grande lutte.

Pour une frange des nôtres, il valait cependant mieux nous abstenir, car l’arrivée de Félix Tshilombo, fils de Tshisekedi, à la Présidence, fut en soit une consécration de la longue lutte de ce dernier.

Or, à pratiquement mi-mandat, c’est la grogne sociale: multiples scandales financiers autour des deniers publiques, signaux économiques au rouge, incompatibilités au sein du fameux deal politique FCC-CACH, querelles politiques intestines de bas étage, guerre de positionnement au sein du parti, insécurité persistante à l’est du pays et, enfin, précarité absolue pour la population.

Quarante années de lutte sont-elles représentées par un tel désordre?

Si oui, à quoi auraient servi tant de sacrifices? Les morts, les veuves,  les orphelins, les sinistrés et la jeunesse qui a tout donné pour un meilleur avenir.

La grogne sociale illustre à suffisance qu’une majorité écrasante des Congolais rejette aujourd’hui cette fatalité. Si l’on estime que cette lutte n’a pas mérité un tel résultat, il y a néanmoins lieu de restituer les événements qui nous ont conduits où nous sommes. Un peuple amnésique, ne sachant pas d’où il vient, ne saura pas tracer son destin.

En 2011, le peuple congolais s’est regroupé pour accompagner et élire feu Etienne Tshisekedi comme son Président de la République. Suite à un scrutin entaché d’irrégularités, sa victoire ne fut pas reconnue. Sûr de lui, Etienne Tshisekedi rejeta toute tentative de dialogue au niveau local comme international, réclamant plutôt l' »impérium ». C’est à ce moment précis qu’apparaissent les premières frictions au sein du parti, qui abouteront à son implosion à ce jour.

D’une part, un courant progressiste fidèle à l’idéologie du parti estimait qu’il fallait corriger nos erreurs et se préparer pour battre à plat de couture l’adversaire en 2016. De l’autre, apparaît un courant à prédominance familiale et mercantile, estimant qu’il fallait tout simplement négocier avec le pouvoir en place. Il prit langue, d’abord de manière informelle, opaque et unilatérale, avec le régime en place, optant pour un rapprochement.

Cette démarche déclencha une série de confrontations parfois très aiguës entre ces deux factions du parti.

A l’aube des élections anticipées de 2016, le Etienne Tshisekedi accepta malheureusement un dialogue de la 25e heure avec le régime en place, ayant pour objet l’organisation des élections reportées en 2018. Déjà fort affaiblie par la lutte interne, cette démarche brisera la dernière ceinture de cohésion au sein du parti. Pour nous, l’UDPS s’éloignait de plus en plus de sa doctrine et semblait embrasser d’avantage une vision mercantile avec des alliances politiques atypiques. Genval et ses résolutions en étaient l’exemple parfait.

Suite aux négociations, un gouvernement dit « d’union nationale » conduit par Bruno Tshibala (proche du clan familial) fut mis en place. Ce dernier semblait, par son revirement et son discours politique, avoir saisi les préoccupations et motivations des progressistes par rapport au parti. Sa nomination fut donc considérée comme une éventuelle voie de sortie de crise pour sauver le parti déjà fort déchiré. Malheureusement Tshibala n’avait pour objectif que l’enrichissement illicite.  Ce fut une première en Afrique, de voir un nouveau riche Premier ministre organiser des élections soit disant libres et transparentes mais il n’arrivant pas à se faire élire comme sénateur.

En conséquence, l’UDPS, parti phare qui représentait l’espoir de tout un peuple, se présenta aux élections en ordre dispersé, émietté et miné par la division. Quels résultats pouvait-elle produire?  Un Président impotent, une trentaine des députés, zéro sénateur et un seul gouverneur. Une véritable catastrophe pour un parti de masse.

Voila pourquoi, au delà de la déception populaire, le devoir de vérité s’impose. Ce n’est pas l’UDPS qui est au pouvoir mais une de ses factions, précisément le courant mercantile.

Ces nouveaux riches se réjouissent dans l’opulence, sans le moindre souci de ce peuple meurtri. Les véritables cadres et même sympathisants de notre lutte n’oseraient cracher sur les sacrifices consentis tout au long de ce chemin.

La tragédie que nous vivons aujourd’hui fut malheureusement prévisible. Le parti étant totalement souillé, seul l’avenir nous dira s’il peut revivre ses années de gloire ou s’il connaîtra le sort des autres disparus. Le travail de redemption est à nouveau un travail à mener d’arrache-pied, mais nous devons reconquérir le terrain perdu.

L’âme de notre doctrine et la vision de nos pères fondateurs bat encore en nous. Étant dans l’obligation de sauver notre peuple et notre pays, nous devons savoir que, désormais, notre histoire doit appartenir à la vertu. Ensemble c’est encore possible pour un Congo uni, fort et respecté.

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