Diplomatie pour les nuls: RDCongo: effrayé par Bijou, le président du Sénat pète les plombs

Diplomatie pour les nuls: RDCongo: effrayé par Bijou, le président du Sénat pète les plombs

Commentaire par Marie-France Cros.

Est-ce le confinement qui lui ébranle le système nerveux? Est-ce le port du masque qui détraque ses perceptions? Est-ce son ascension au statut de deuxième personnage de l’Etat congolais qui lui a monté à la tête? Toujours est-il qu’Alexis Thambwé Mwamba a donné, il y a quelques jours, le spectacle sidérant – et toujours drôle, avouons-le – de l’éléphant qui grimpe sur une chaise pour fuir une petite souris.

La petite souris s’appelle Bijou Goya Kitenge, sénatrice AFDC-A (parti membre de la coalition kabiliste FCC) du Haut-Katanga. Comme cela entre dans les attributions de tout parlementaire, elle a demandé par lettre au président du Sénat, membre de la même coalition, de donner à la chambre haute des explications sur la passation du marché des travaux de réfection de la salle des plénières de cette assemblée; la sénatrice soupçonne, en effet, que ce marché, d’un montant de 4 millions de dollars, a été passé de gré à gré et non par appel d’offres, la procédure normale.

Jeudi dernier, Alexis Thambwé lui a répondu que tout avait été fait dans les règles. Mais il n’avait donné aucun détail. Encore moins de documents pour appuyer ses dires. Au lieu de cela, il avait préféré s’étendre sur les sollicitations de la sénatrice Bijou Goya pour obtenir, l’an dernier, le poste de questeur du Sénat (« Vous m’avez dit que nous allions nous faire du fric si vous deveniez questeur »), qui lui avait finalement été refusé par la coalition kabiliste parce « que vous n’avez pas la compétence nécessaire pour cette fonction et que vous n’avez pas la moralité qu’il faut pour cette fonction ».

Autrement dit: vous me demandez des comptes? Je ne réponds pas mais je vous accuse d’incompétence et d’immoralité. On croit entendre barrir l’éléphant à l’approche d’une troupe d’ennemis qu’il faut intimider et appeler à l’aide ses congénères. Ceux-ci sont arrivés à la rescousse dès le lendemain.

Vendredi, en effet, Néhémie Mwilanya, coordonnateur des FCC, a donné « 24 heures » à la sénatrice pour qu’elle s’excuse publiquement pour « avoir répliqué à l’honorable Alexis Thambwé » qui « n’est pas n’importe qui dans ce pays ». Et dimanche, « les femmes du FCC » s’en prenaient à leur tour à Bijou Goya pour avoir « pris la parole sans autorisation préalable » et s’être « livrée à une escalade verbale injurieuse » pour M. Thambwé (la sénatrice l’avait jugé « pas digne d’être président du Sénat » puisqu’il ne respecte pas son règlement d’ordre intérieur, qui interdit « toute imputation, toute attaque personnelle, tout propos injurieux ou discourtois » entre membres de la haute assemblée). Et « les femmes du FCC » d’assurer que le président du Sénat, à qui elles réitèrent leur « soutien indéfectible », est « respectueux de la dignité et de l’honneur de la femme ». Ce n’est pas un « combat féministe », insistent-elles.

Ce n’est pas l’avis de nombreuses ONG de défense des droits de l’Homme ou de la femme, qui appuient la petite souris face aux éléphants. Un collectif de 20 ONG, baptisé « Respectemoi », a, samedi, réclamé des excuses publiques d’Alexis Thambwé et exigé qu’il respecte son propre règlement d’ordre intérieur. Une pétition en ligne a été lancée dans le même but, but soutenu aussi par la « Dynamique des femmes candidates ». Sans excuses de M. Thambwé, celle-ci appuiera « toutes les actions qu’aura initiées » la sénatrice Bijou Goya. Cette dernière, représentée par un collectif d’avocats, a préparé une plainte au procureur de la Cour de Cassation – juridiction apte à juger le président du Sénat – pour « imputation dommageable et outrage ».

Et le public, témoin de ces échanges entre les éléphants et le peuple des souris, se dit qu’il y a anguille sous roche. Qu’on ne sort pas les canons pour tuer un souriceau. Qu’un tel dérapage du président du Sénat ne peut avoir qu’une explication médicale (surmenage?) ou psychologique: s’il a perdu les pédales, c’est qu’il a peur. Peur de quoi?

Et si Alexis Thambwé répondait à la question écrite de la sénatrice katangaise?! Dès qu’il publiera les documents sur la passation de marché, le mystère sera éclairci. Le public attend.

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