L’impossible réciprocité

Commentaire

Avant même que soit prise la décision officielle de sanctions contre des Européens et Américains par Kinshasa,  l’impossibilité de la « réciprocité » annoncée saute aux yeux.

Les puissants congolais en appellent volontiers au nationalisme de leurs concitoyens contre les étrangers qui soulignent leurs abus, mais ils n’ont pas le patriotisme minimum d’investir dans leur propre pays, dans lequel ils manquent visiblement de confiance, et expatrient leur argent. En revanche, les Européens et les Américains n’ont pas pour habitude de placer leur argent dans des banques congolaises, parce qu’il y en a beaucoup d’autres qui leur conviennent infiniment mieux.

Quant au nombre d’investisseurs européens et américains au Congo, il a bien diminué avec les années en raison de l’instabilité politique et juridique dans ce pays. C’est moins le cas pour les mines, mais la conjoncture présente n’est pas favorable aux investissements miniers, que l’on considère les cours des métaux, le manque d’infrastructures ou l’instabilité politique accrue du Congo depuis que les autorités, n’ayant pas organisé les élections dues, n’ont plus de légitimité.

Ni la Belgique, ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis ne reçoivent d’argent de la RDC, alors que celle-ci dépend de l’aide extérieure pour plus de la moitié de son budget.

Bien sûr, le régime Kabila peut expulser un représentant étranger ou en empêcher d’autres de venir à Kinshasa pour leur travail – dont une partie touche à l’aide au Congo. Mais, l’Union européenne étant le principal donateur de la RDC, si celle-ci adoptait les propositions du « Groupe de soutien », cela ne masquerait pas leur nature réelle: la vengeance de quelques individus, qui passerait difficilement pour l’affirmation d’un nationalisme dont les Congolais n’ont guère ressenti l’existence à la tête de l’Etat et de l’administration jusqu’ici.

La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit, dit le proverbe; la colère des sanctionnés du régime Kabila ne changera pas cette évidence.

La meilleure réplique à opposer aux sanctions européennes et américaines serait de développer la RDC, afin qu’elle ne dépende plus de l’aide extérieure, et d’en faire l’Etat de droit qu’attendent les Congolais. Pour que le Congo soit enfin le « pays plus beau qu’avant » chanté par l’hymne national post-mobutiste.

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