Covid : Quel impact pour les ménages urbains de l’est de la RDC ?

Covid : Quel impact pour les ménages urbains de l’est de la RDC ?

Opinion

Louis De Muylder; Head of Strategy chez Bboxx RDC

Depuis la seconde moitié du mois de mars, des mesures ont été prises en République démocratique du Congo pour lutter contre l’épidémie : fermeture des écoles, universités, bars et restaurants, fermeture des frontières aux personnes, et restriction des déplacements à l’intérieur du pays. Alors que Kinshasa compte plus de trois cents cas, moins d’une vingtaine de cas ont été officiellement détectés dans l’est du pays. Le faible nombre de tests, la similitude des symptômes avec d’autres maladies courantes et la gêne à l’idée de se faire diagnostiquer positif pourraient en dissimuler un plus grand nombre.

Quel est et sera l’impact de cette crise sur les ménages urbains ? C’est la question que Bboxx RDC se pose. L’entreprise distribue de l’énergie solaire de façon décentralisée à plus de 60 000 habitants des principales villes de la région dont Bunia, Goma, Bukavu et Uvira. La majorité de ses clients font partie de l’économie informelle et ont un revenu mensuel variable allant de 50 à 400 dollars.

La pandémie se répand à travers les quatre coins du monde mais n’y est pas perçue de la même manière par les populations vivant dans des contextes sanitaire, démographique, politique et économique différents. Selon un sondage téléphonique réalisé début avril auprès de 214 ménages clients de Bboxx à l’est de la RDC, la préoccupation première pendant cette crise sanitaire est l’accès à la nourriture pour 62 % des familles. La santé n’arrive qu’en troisième position après l’accès à l’eau.

Les prix augmentent

La peur du confinement a entraîné une forte demande de nourriture sur les marchés des villes accentuée par la peur de pénuries de produits importés. Selon une étude interne de l’évolution des prix de vingt denrées alimentaires sur les marchés de Goma, un pic allant jusqu’à près de 50 % d’augmentation moyenne a été observé fin mars et début avril. Cette phase de panique a poussé les ménages à se constituer des stocks. A la même période, Bboxx voyait ses ventes de systèmes solaires augmenter de 20 %. Au-delà de l’éclairage, l’accès à l’énergie permet aux ménages de rester connecter au monde extérieur via une radio et une télévision et la capacité de charger son téléphone chez soi. Désormais, la panique semble être passée et les ventes ont retrouvé un niveau normal. Sur les marchés, les denrées alimentaires semblent s’être stabilisées en moyenne à des prix plus élevés de 34 % par rapport à début mars. Cette augmentation des prix pèse lourd sur le budget des ménages qui voient de facto leur pouvoir d’achat diminuer.

Les revenus diminuent

L’économie de l’est de la RDC repose en grande partie sur les dépenses du secteur humanitaire et l’exportation de matières premières. Deux secteurs à faible valeur ajoutée dont les plus grands acteurs semblent poursuivre leurs activités. Les deux secteurs les plus touchés sont l’Horeca (Hôtellerie, Restauration, Cafés) évidement et le commerce transfrontalier. Le second fait vivre des milliers de commerçants qui sont désormais incapables de se rendre dans les pays voisins pour acheter ou vendre leurs marchandises. Enfin, la diminution générale de l’activité économique réduit les revenus des nombreux acteurs de l’économie informelle comme les moto-taximen, chauffeurs de mini-bus, ouvriers et artisans.

Comment protéger au mieux ?

Dans ces villes où la majorité de la population vit au taux du jour, un commentaire revient régulièrement, « nous sommes impuissants face aux guerres, aux catastrophes naturelles et aux maladies mais mourir de faim, ce n’est pas acceptable ». Dans ce contexte, comment protéger une population pauvre sans avoir les moyens financiers et opérationnels de nationaliser les revenus ? La stratégie du Docteur Mukwege en charge de la riposte au Sud-Kivu est claire : freiner la propagation du virus grâces aux masques et aux gestes barrières, isoler les personnes âgées et vulnérables, détecter autant que faire ce peut les malades et développer une immunité collective. Cette stratégie mise sur ce qui pourrait être l’atout de la population congolaise : sa jeunesse. Seul 4 % des congolais ont plus de soixante ans contre 22 % en Allemagne ou 16 % en Chine. Un atout à condition que le taux de mortalité reste très faible pour les personnes de moins de 60 ans et que l’immunité soit avérée.

Des voisins aux stratégies incompatibles ?

Les trois provinces touchées (Sud-Kivu, Nord-Kivu et Ituri) partagent près de mille kilomètres de frontière avec leurs voisins Ougandais, Rwandais et Burundais. Pourtant, trois modèles de réponses coexistent : l’est de la RDC semble opter pour une immunité collective, le Burundi se contente de fermer ses frontières et l’Ouganda et le Rwanda suivent une politique stricte de confinement. Sans juger de la pertinence de ces choix, comment ces réponses opposées pourront-elles cohabiter dans les mois à venir ? Sans capacité fiable et très rapide de dépistage, les frontières devront probablement rester fermées longtemps, ce qui risque de mettre en difficulté de nombreuses activités commerciales.

La vie continue

A la question, « Qu’attendez-vous de Bboxx pendant la crise sanitaire due au covid-19 ? », 75 % des familles interrogées début avril à Bunia, Goma et Bukavu ont répondu en priorité vouloir que l’entreprise assure la continuité de son service. Cette demande rejoint la stratégie mise en place par le prix Nobel de la paix qui tente d’organiser une réponse sans trop d’entraves à la vie économique pour que la vie puisse continuer malgré la maladie, malgré l’insécurité et malgré les catastrophes.

Pourtant, cette stratégie n’est pas un abandon. En attendant l’immunité collective, le traitement ou le vaccin, il faut se mobiliser pour construire la résilience des communautés face à une aggravation plausible de la situation sanitaire et économique. Le ralentissement économique mondial, les finances publiques en difficulté, la faiblesse du franc congolais sont autant de dangers qui planent sur le pouvoir d’achat des ménages urbains à l’est de la RDC. Une réduction significative du pouvoir d’achat serait une porte ouverte vers l’instabilité politique, sécuritaire, sanitaire et sociale. Bboxx mobilise ses ressources (call-center, réseau de distribution, marketing, logistique internationale, sa technologie, son analyse des données, …) pour contribuer à une réponse efficace à l’est de la RDC. De plus, Bboxx espère recevoir une subvention de la demande pour pouvoir garder les lumières allumées afin de s’assurer que le client qui ne peut pas payer ait accès aux services de base. Le secteur public, privé et la société civile doivent collaborer pour répondre ensemble à ce défi, dès aujourd’hui et pour les mois à venir.

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