RDCongo: menaces de mort contre les Kasaïens après l’arrestation de Kamerhe

RDCongo: menaces de mort contre les Kasaïens après l’arrestation de Kamerhe

Par Marie-France Cros.

L’arrestation , le 8 avril, de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, sur accusation de détournement de fonds, n’a pas fini de faire des remous. Dès le 11 avril, en effet, des tracts ont été jetés dans la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu d’où est originaire M. Kamerhe, par des manifestants circulant à moto. Le même tract a circulé sur les réseaux sociaux.

Le texte annonçait que “tous les Baluba (Kasaïens)”, soit l’ethnie de la famille Tshisekedi, “sont obliger (sic) de quitter le Sud-Kivu dans les 48 h à dater de ce samedi 11 avril. Dépasser (sic) ce délai, nous procèderons à leur décapitation. A leur frère Félix Tshisekedi de prendre ses responsabilités quant à ce, (sic) avant que le pire ne leur arrive”. Le tract était signé “les vrais patriotes du Sud-Kivu”.

Le jour-même, l’ONG Nouvelle Dynamique de la Société civile du Sud-Kivu (NDSCI) condamnait ces “discours d’incitation à la haine et au tribalisme”, “cette lâcheté qui ne se justifie pas” et demandait la “rigueur de la loi” pour les auteurs du tract.

Les notabilités du Sud-Kivu réprouvent

De leur côté “les notabilités Irebuka du Sud-Kivu” assuraient que “les déclarations incitant au tribalisme ne viennent que du petit groupe de Monsieur Vital Kamerhe et n’engagent en aucun cas les dignes et respectables fils du Kivu”. Ses auteurs, qui n’ont pas signé nommément la réponse au tract tribaliste, ajoutent que “les Kasaïens ont toujours été nos frères”, citant les noms de Kasaïens ayant contribué à la construction du Kivu ou à sa défense. “Nous soutenons la conduite de l’action judiciaire” entreprise contre M. Kamerhe “jusqu’à son terme”, soulignent-ils, non sans égratigner au passage Vital Kamerhe, qui “n’a jamais fait quelque chose de sérieux pour le Kivu” et “a distribué de fortes sommes d’argent à certains d’entre nous et nous avons exprimé notre doute quant à l’origine légale de ces sommes dans un communiqué télévisé” dont, assurent-ils, M. Kamerhe “avait empêché la diffusion ».

Les notabilités du Sud-Kivu semblent avoir déjà eu des reproches à faire à M. Kamerhe avant cette affaire puisque leur communiqué s’en prend à son dernier mariage (« cérémonie indécente »), avec Amida Shatur. Il avait épousé la belle Indienne – ancienne épouse du célèbre chanteur JB Mpiana et, après lui, d’un diamantaire, Didi Kinuani – lors de trois jours de cérémonies, en février 2019, dont le faste avait scandalisé au Congo.

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Bien que des informations – et de faux documents – aient circulé annonçant la nomination d’un homme très populaire au Sud-Kivu, Modeste Bahati, pour remplacer M. Kamerhe à la Présidence, ce dernier n’a pas encore de successeur.
On peut noter cependant que M. Tshisekedi n’est pas dépourvu d’alliés au Sud-Kivu puisque que son épouse, Denise Nyakeru, bien que peu connue avant l’accession à la Présidence de son mari, est originaire du même village que M. Kamerhe. Durant la campagne électorale, M. Tshisekedi parlait d’ailleurs de ce dernier comme son “beau-frère”, selon les conceptions de la famille élargie en vigueur en Afrique.
 

Au Katanga aussi

Reste que le recours au tribalisme n’a pas été clairement condamné par l’UNC, le parti de M. Kamerhe. Il s’ajoute à un ressort populiste identique utilisé depuis quelques semaines au Katanga, qui se souvient encore des pogroms anti-Kasaïens de 1992-93 (entre 50.000 et 100.000 morts, selon Médecins sans Frontières; de 600.000 à 800.000 expulsés).

En effet, circulent sur les réseaux sociaux katangais des déclarations attribuant à de jeunes “Kasaïens” l’approbation bruyante du massacre, par la police, de jeunes insurgés Bakata Katanga mal armés, le 28 mars dernier, dans plusieurs villes katangaises et la profanation de leurs cadavres. Il est vrai qu’une foule de badauds effrayés par la réputation d’exactions des Bakata Katanga avaient manifesté une joie indigne devant leurs cadavres; mais rien n’indique qu’il s’agissait de Kasaïens plutôt que de Katangais et leurs accusateurs se contentent d’affirmer leur culpabilité, sans la prouver.

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Sur les réseaux sociaux, des pêcheurs en eaux troubles assurent avec la même absence de preuves ou indices que “les Kasaïens préparent une forte offensive contre la communauté katangaise au Katanga”. Un président de parti et “évêque” d’une Eglise du réveil a été arrêté le week-end dernier pour des propos incitant à s’en prendre aux Kasaïens.

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