RDC : Dossier Gédéon Kyungu, les risques d’un dérapage ethnique

RDC : Dossier Gédéon Kyungu, les risques d’un dérapage ethnique

Samedi 29 mars au petit matin, quatre « manifestations » de membres du mouvement Kata Katanga de Gédéon Kyungu semaient un début de panique dans plusieurs villes du Haut-Katanga et du Lualaba.

Les forces de l’ordre ne tarderont pas à intervenir. Militaires en arme contre manifestants la plupart du temps désarmés, la répression sera violente et le bain de sang est inévitables et plus de 40 victimes sont annoncées. « 48 »,  selon un décompte « de sources humanitaires » cité par le caucus des députés nationaux de la province du Haut-Katanga.

Entre-temps, Gédéon Kyungu, le leader du mouvement Kata Katanga a pris la poudre d’escampette et il est toujours introuvable alors que sa résidence à Lubumbashi avait été placée sous surveillance et que son arrestation était imminente.

« John Numbi avait été investi par le président Tshisekedi pour mener à bien l’arrestation de Gédéon », explique une source kinoise, proche de l’UDPS. « Or, tout le monde sait que John Numbi et Gédéon Kyungu sont issus du même village et qu’ils entretiennent de bonnes relations ». L’information est confirmée à Lubumbashi par plusieurs sources qui  pointent tous un « cas de conscience évident » pour le général Numbi. « Si l’ordre était venu de Kabila, il aurait peut-être agi différemment, mais pas pour un ordre venu de son successeur ».  Plusieurs pointent aussi les mêmes liens entre Gédéon Kyungu et le ministre de la Défense congolais Aimé Ngoy Mukena.

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Des liens qui expliquent, pour beaucoup, que Gédéon était absent dimanche quand les forces de l’ordre se sont présentées au domicile mis à sa disposition, dans le quartier du Gold de Lubumbashi. « Il savait qu’ils allaient venir l’arrêter. Il n’allait pas les attendre sans rien faire et ses amis ont tout préparé pour lui ».

La marche de ses adeptes ne serait qu’une « mise en scène », à en croire un ancien ministre de l’ère Matata. Une mise en scène qui a fait une quarantaine de victimes, des une vingtaine de blessés graves et une centaine de personnes arrêtées  dans les rangs de gens envoyés « au front » pour permettre à leur leader de s’envoler sans laisser trop de trace. Les chiffres sont toujours issus de la même « source humanitaire » citée par le caucus des députés nationaux du Haut-Katanga qui insistent sur le fait qu’ « aucune chance n’a été laissée aux blessés car les forces de l’ordre tiraient systématiquement sur tout blessé qui pouvait encore respirer et ce, sous les applaudissements d’une frange de la population mieux identifiée sur les images qui inondent es réseaux sociaux », insistent les députés nationaux du Haut-Katanga.

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Le premier acte de ce qui pourrait être un scénario macabre se conclut donc sur la mort de Katangais instrumentalisés.

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La mort de ces « manifestants », « l’usage excessif de la force » par l’armée congolaise, les images largement diffusées de ces violences suscitent depuis le début de la semaine un débat qui prend chaque jour plus d’ampleur dans tout le grand Katanga.  Le caucus des députés nationaux du Haut-Katanga (voir la vidéo ci-dessous) en est le témoignage le plus officiel.

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Ces élus ont annoncé qu’ils demandaient « l’application des termes des négociations ayant abouti à la reddition de Gédéon Kyungu et de ses partisans », qu’ils refusaient « la politique de deux poids deux mesures dans l’application de l’Etat de droit » et qu’ils exigaient une « enquête » sur « le massacre du 28 mars » afin que les « responsabilités soient établies pour que les vrais commanditaires soient sanctionnés ».

Un discours qui se termine par ces mots : « Restons vigilants contre toute pratique de nature à diviser et exterminer les Katangais sous prétexte de lutter contre l’insécurité ».

Les termes ne sont pas anodins : Massace de Katangais. non respect de l’Etat de droit, commanditaires à identifier  et extermination des Katangais.

Le dossier Kamuina nsapu (massacre perpétré dans le Kasaï) revient régulièrement dans les conversations animées de ces derniers jours. Certains rappellent que le nom de Gédéon avait été associé à certains actes violents perpétrés dans le Kasaï, terre dont est originaire la famille Tshisekedi.

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D’autres soulignent la différence de traitement entre « les partisans de Kamuina Nsapu et les partisans de Gédéon Kyungu ». « Les uns, les Kasaïens, sont présentés par des ONG comme des victimes de l’oppression du pouvoir de Kinshasa. Les autres, les Katangais, sont présentés comme de dangereux rebelles que l’on peut abattre même s’ils sont désarmés ou que l’on peut exhiber nus quand ils sont arrêtés, quel que soit leur sexe », explique un élu du grand Katanga   pour expliquer la critique sur le « deux poids deux mesures sur le respect de l’Etat de droit ».

Certains voudraient raviver les tensions communautaires entre le Kasaï et le Katanga qu’ils ne s’y prendraient pas différemment. Reste évidemment la question centrale : à qui profiterait cet embrasement ? Qui a intérêt à provoquer le chaos ?

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