RDC : Les richesses du Kasaï jouent-elles un rôle dans l’explosion de violence?

RDC : Les richesses du Kasaï jouent-elles un rôle dans l’explosion de violence?

Depuis le début de 2017 et l’élargissement des violences liées à la crise dite « Kamwina Nsapu » – du nom de ce chef de tribu tué par les forces de l’ordre le 12 août 2016 – au Grand Kasaï, des rumeurs persistantes indiquent que le conflit serait lié à l’existence de ressources minières. Qu’en est-il? Et d’abord, y a-t-il quelque chose dans le sous-sol de Dibaya, la région du Kamwina Nsapu?

Pour en savoir plus, La Libre Afrique.be a posé la question à Thierry De Putter, chef du service Géodynamique et Ressources minérales du très réputé Musée royal de l’Afrique centrale, à Tervueren (Belgique). « C’est une région extrêmement compliquée », répond le géologue. « On y trouve des ressources qui sont exploitées depuis très longtemps, comme le diamant. Et d’autres dont on connaît l’existence depuis 1927-1930, grâce à des géologues belges, comme le cuivre, le manganèse et l’or: dans le sud du Grand Kasaï, le long de la frontière congolo-angolaise, on trouve énormément d’indices aurifères ».

Des compagnies minières « juniors »

« Ce n’est pas neuf », insiste le géologue, « mais les Belges n’ont jamais exploité l’or ou le cuivre dans cette région. Cela suffit à alimenter de petites manipulations, notamment par la société West River », une « junior » dont le gérant, Chris Merendino, est un ancien Navy Seal (forces spéciales de la marine américaine), ou Frontier Resource Group, fondé par un autre ex-Navy Seal, Erik Prince, qui co-fonda la société militaire privée Blackwater, aujourd’hui rebaptisée Academi. « West River affirme avoir trouvé du cuivre le long de la rivière Lubi et avait tenté de lever des fonds. J’ignore si cela s’est concrétisé », précise M. De Putter.

On sait, dans les milieux miniers, qu’un petit joueur peut gagner de l’argent au Congo lorsque les autorités lui bradent à prix d’ami des actifs miniers ensuite revendus avec une forte plus value sur le marché international – comme l’a fait l’Israélien Dan Gertler, un proche du président Kabila. Ou en gonflant des indices de présence de minerai afin de revendre un gisement à une compagnie « senior ». « A ma connaissance, cela n’a pas pu se faire jusqu’ici » pour le cuivre du Kasaï, précise le géologue.

Enclavé et difficile à valoriser

« Je ne vois pas pourquoi une compagnie sérieuse irait exploiter du cuivre là-bas, alors qu’il est plus accessible dans l’ex-Katanga ou au Kongo-central » (ex-Bas-Congo), commente Thierry De Putter. « Oui, il y a du cuivre, du plomb et du manganèse dans cette région, mais le potentiel exact n’est pas connu et ils ne sont pas faciles à valoriser en raison de l’absence d’infrastructures et du peu d’énergie disponible. Dans ces conditions, l’exploitation apparaît comme un projet difficilement réalisable ».

Cela dit, ajoute le géologue, « c’est différent pour l’or, qu’on trouve au sud de Dibaya, en allant vers Dilolo, dans les alentours de Luiza, Kapanga et Sandoa. Ce sont des terrains très anciens, en termes géologiques, où abondent les indices de présence d’or. Jusqu’ici, on y a exploité le manganèse, à Kisenge (à une centaine de km de la frontière angolaise) mais on y trouve aujourd’hui plusieurs compagnies minières « juniors » ou des intermédiaires qui font de la prospection d’or. Contrairement au manganèse – lourd et difficile à évacuer – qui s’entasse en piles de minerai à Kisenge, l’or est facile à évacuer. Avec une valise, vous en avez pour votre argent! »

« Bref, conclut-il, il y a un remue-ménage autour de choses pas neuves mais que l’on peut faire mousser. C’est assez pour alimenter l’idée d’un eldorado et des plans d’expropriations ».

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