La diplomatie pour les nuls: Dieu reconnaîtra les siens

La diplomatie pour les nuls: Dieu reconnaîtra les siens

Par Marie-France Cros.

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait ordonné le légat du Pape en 1209 lors de la reprise de la ville de Béziers (France), qui était tombée aux mains des partisans de l’hérésie albigeoise, condamnée par Rome. Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, se veut-il son émule ? On se pose la question, vu son attitude face au coronavirus.

Le 21 mars dernier, le chef d’État a déclaré  à la BBC : « Le Burundi est une exception parmi d’autres nations, car c’est un pays qui a donné à Dieu la première place, un Dieu qui le garde et le protège de tout malheur ».

Alors que tous les pays environnants ont déclaré des cas de contamination au coronavirus et pris des mesures pour endiguer sa dispersion, le ministère burundais de la Santé affirmait encore mardi n’en avoir « aucun ».

Persuadé d’avoir été choisi « par Dieu » pour diriger le Burundi, Pierre Nkurunziza consacre une grande partie du temps présidentiel à des activités religieuses et crypto-religieuses. Les ouailles ont cependant des doutes. Il existe bien une mise en quarantaine pour les voyageurs encore autorisés à entrer dans le pays -notamment des réfugiés burundais expulsés de Tanzanie-  et depuis cette semaine, l’interdiction du transport aérien de passagers. Mais le Président, fervent amateur de football, peut toujours se consacrer à sa passion puisque les matches n’ont pas été interdits, pas plus que les célébrations religieuses. Et le candidat de son parti à la présidentielle du 20 mai continue à tenir des meetings politiques.

Pacifique Nininahazwe, estimé défenseur burundais des droits de l’homme en exil, a souligné lundi dans un tweet que la quarantaine imposée aux voyageurs venant de pays à risque, à l’Hôtel Source du Nil de Bujumbura, n’était en réalité « pas respectée ». De plus, ajoute-t-il, deux Burundais rentrés le 19 mars de Dubaï « ont été exclus de la quarantaine », sur « ordre « d’un ministre.

Comme son homologue tanzanien, John Magufuli, qui a appelé ses concitoyens à se rendre dans les lieux de culte parce que c’est là qu’on trouve « la vraie salvation » et qu’une « création de Satan » , comme le coronavirus ne peut survivre dans le corps du Christ, Pierre Nkurunziza a donc fait le pari que la prière et la dévotion seront plus efficaces que le confinement. Mais ce seront les Burundais qui paieront s’il perd. 

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