Passeur: le terme est commun au monde du foot comme à celui des migrants

  • Dans Sports
  • 13 juin 2017
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Passeur: le terme est commun au monde du foot comme à celui des migrants

Passeur: le terme est commun au monde du foot comme à celui des migrants qui tentent de rallier la Libye et l’Europe en passant par Agadez: un des clubs de la ville du Nord nigérien accueille les plus talentueux au sein de son équipe.

Ça tombe bien, Bachir Ama, président du Club Nassara Agadez est aussi celui des « ex-passeurs », association regroupant environ 400 personnes qui transportaient les migrants vers la Libye et qui ont officiellement dû cesser leur activité en raison de l’interdiction de ce trafic par le gouvernement nigérien, adoptée en 2015.

« Ce que l’Europe a fait en Afrique (en voulant interdire l’immigration), c’est un crime contre l’humanité, » assène le dirigeant. « C’est dans ça (le transport des migrants) que nous on mange. Aujourd’hui, on dit qu’il faut arrêter. C’est un crime contre l’humanité parce que même les migrants qui viennent ici, ce n’est pas de leur choix. Il n’y pas de travail en Afrique ».

Sur le terrain du stade municipal, une trentaine de joueurs s’entraînent sur une pelouse synthétique flambant neuve, cadeau du gouvernement à l’occasion de la fête nationale en décembre.

Parmi les joueurs de ce club de deuxième division, 8 étrangers-migrants, 4 Nigérians et 4 Ivoiriens.

« Ce sont des gens qui sont venus pour aller en Libye ou bien en Algérie, donc ils sont calés (arrêtés faute de moyens). Ils ont besoin de travailler et comme le football c’est leur métier, ils sont venus vers nous pour jouer », explique M. Ama.

Le club fait passer des tests et recrute « les meilleurs » avec un certain succès: Nassara a battu tous les clubs de la région pour accéder aux 16e de finale de la Coupe nationale du Niger.

– ‘Chercher ma vie’ –

Les salaires peuvent aller jusqu’à 100.000 francs CFA (150 euros) avec le logement mais il y a aussi des « arrangements », comme avec l’arrière Mohamed Diaby, 16 ans, qui a quitté le centre de formation Cyril Domoraud (ancien international ivoirien) d’Abidjan pour Agadez. En échange d’une saison sous le maillot du CNA, le président prendra en charge les frais de son passage en Europe.

« Il (le président) a promis de me faire passer en Europe. Je ne voulais pas rester en Côte d’Ivoire, on est trop nombreux. Je me suis dit: je sors pour aller chercher ma vie, » dit l’adolescent, qui assure ne pas avoir peur des dangers du voyage ni d’arriver en Europe sans papiers.

De nombreux footballeurs tentent leur chance. C’est le cas du jeune Libérien Toya-se Tunchi Bondo, 16 ans également, qui s’est entraîné une journée avec le club mais qui ne pourra pas être recruté, transferts et inscriptions étant clos pour la saison.

« Ça fait du bien de jouer. Je ne faisais rien que attendre et dormir », dit ce milieu défensif, accueilli par l’Organisation Internationale des Migrations.

Lui est sur le retour après une expérience ratée en Algérie et raconte une histoire incroyable.

Orphelin né à Monrovia, il a été élevé par son oncle d’abord à Danané en Côte d’Ivoire, près de la frontière avec le Liberia, puis chez une belle-mère au Ghana où il joue dans les équipes de jeunes de Cheetah, non loin d’Accra. Il décide de revenir au Liberia mais constate qu’il lui est impossible de vivre du football.

– Un ‘ami’ sur Facebook –

Il va alors essayer de rejoindre le club d’Oran en Algérie après des échanges sur Facebook avec un « ami » qui lui promet un contrat.

Il traverse en bus le Burkina puis le Mali pour rejoindre Gao. « De Gao on est parti en camion. A un moment on a dû descendre pour marcher dans le désert et traverser la frontière. C’était une marche de 3 à 5 heures. C’était dur. On était tout un groupe, 5 personnes sont mortes dans le désert », assure-t-il.

Arrivé à Oran, on lui apprend que le « club ne recrute plus » d’Africains en raison de l’affaire Albert Ebossé, joueur camerounais tué par des supporteurs en 2014.

Le club lui permet toutefois de s’entraîner avec l’équipe réserve, mais sans le payer. Il travaille alors dans la construction « pendant 4 mois tout en espérant aller en Espagne ».

Impossible, lui explique-t-on, en lui conseillant de rejoindre Agadez où l’OIM pourra l’aider.

Sur la route entre Oran et la frontière algérienne, il est dépouillé de tout (argent et bagages) par des hommes dont il ne sait s’ils sont des bandits ou des militaires.

Il rallie finalement Agadez et l’OIM, qui lui a organisé un rapatriement vers le Ghana. Mais, lui ne rêve toujours que d’une chose: « jouer au football ».

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