RDC : Désordres calculés ou perte de tout contrôle?

RDC : Désordres calculés ou perte de tout contrôle?

Commentaire

Dimanche matin, 930 détenus sur les 966 qu’abritait la prison de Béni, au Nord-Kivu, se sont évadés lors d’une attaque du bâtiment; l’opération aurait fait une dizaine de morts.

C’était la quatrième évasion de masse en moins d’un mois. Le 17 mai au soir, une attaque de la prison de Makala, à Kinshasa, avait permis à plus de 4000 détenus de s’évader, dont le chef d’une secte politico-mystique, Ne Mwanda Nsemi – toujours en fuite aujourd’hui. Moins de 48 h plus tard, 68 des 74 prisonniers de Kasangulu, au Kongo-central (ex-Bas-Congo) prenaient à leur tour la poudre d’escampette. Et à l’aube de ce 10 juin, une dizaine de détenus avaient été libérés par la force au parquet de Matete (Kinshasa).

Même dans le pays champion des évasions de détenus en raison du manque d’entretien des locaux, de la vénalité des gardiens et de la misère dans laquelle croupissent les détenus – pas soignés et à peine nourris – c’est beaucoup. Beaucoup trop.

Si dans les trois premiers cas on a accusé plus ou moins nettement le mouvement de Ne Mwanda Nsemi d’être à l’origine des attaques, ce cas de figure paraît impossible à Beni.

La succession des évasions est donc considérée par de plus en plus de Congolais comme une tentative de plus des autorités, restées en place malgré la fin de leur mandat, de créer suffisamment de chaos pour avoir une bonne raison de continuer à ne pas organiser les élections exigées par la Constitution.

Le même raisonnement est tenu par nombre de Congolais au sujet de la multiplication des foyers insurrectionnels dans le pays : après le Kivu, le Kongo-central, le Tanganyika (ex-Katanga) et les cinq provinces du Grand Kasaï sont aujourd’hui affectées.

Qu’il s’agisse effectivement d’un calcul politique machiavélique d’apprentis sorciers ou que ce soit le fruit d’une perte de contrôle par des autorités locales, dans les deux cas le pouvoir est en faute – et sanctionne à peine les responsables, quand il est si prompt à punir le moindre mouvement d’un opposant.

Et dans les deux cas, le pays glisse dangereusement sur une pente dont on connaît le début mais pas la fin. Jusques-à quand le Congo résistera-t-il à ce traitement ?

Que pensez-vous de cet article?