Des associations de soutien aux rescapés du génocide rwandais dénoncent un colloque au Sénat français

Des associations de soutien aux rescapés du génocide rwandais dénoncent un colloque au Sénat français

Deux associations de soutien aux victimes et rescapés du génocide rwandais ont réclamé samedi l’annulation d’un colloque prévu lundi au Sénat et qui réunira, selon elles, des « personnalités connues pour leur travail de négation » du génocide commis contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

Les associations Ibuka France et la Communauté Rwandaise de France (CRF) s’indignent de la tenue « d’un +colloque+ réunissant des personnalités connues pour leurs prises de position remettant en cause la vérité historique du génocide commis contre les Tutsi du Rwanda en 1994 », dans un communiqué transmis à l’AFP.

Les associations, qui réclament l’annulation du colloque lundi au Sénat, indiquent avoir adressé le 29 février au président du Sénat Gérard Larcher une lettre de protestation, soulignant qu’au « nombre des conférenciers (…) apparaissent les noms de plusieurs personnalités connues pour leur travail incessant de banalisation, minoration et/ou négation du génocide ».

Le génocide commis en 1994 au Rwanda, à l’instigation du régime extrémiste hutu alors au pouvoir, a fait environ 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi, mais aussi chez les Hutu modérés, selon l’ONU.

Le service de presse du Sénat a confirmé à l’AFP la tenue lundi d’un colloque sur « l’Afrique des Grands Lacs », « organisé par Gérard Longuet », sénateur du groupe Les Républicains (droite).

Interrogé par l’AFP samedi, M. Longuet a affirmé qu’il n’était pas l’organisateur de ce colloque mais qu’il avait « permis l’obtention d’une salle en raison du rôle joué par des anciens militaires de Turquoise dont je soutiens (…) la pertinence de l’engagement il y a plus de 25 ans de cela ». Fin juin 1994, la France a déployé au Rwanda, avec le feu vert de l’ONU, une opération militaro-humanitaire, « Turquoise ».

Début mars, Mario Stasi, président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), avait également adressé une lettre à M. Larcher, pour dénoncer un « colloque de la honte » et lui demander « de ne pas accueillir cet événement à bien des égards inopportun et qui risquerait de porter atteinte à l’honneur du Sénat comme à celui des victimes du génocide ».

« Parmi les invités à ce colloque (…) figure M. Adrien-Charles Onana, activiste, auteur d’une thèse universitaire controversée, et qui fait actuellement l’objet de poursuites pénales pour contestation de crimes contre l’humanité pour avoir déclaré en octobre 2019 sur la chaîne LCI: +entre 1990 et 1994, il n’y a pas eu de génocide contre les Tutsi+ », affirme dans cette lettre M. Stasi.

Interrogé par l’AFP, la présidence du Sénat a souligné que le Sénat n’était « pas l’organisateur du colloque », et que « les propos qui seront tenus n’engagent en rien ni le Sénat ni la présidence ». Selon elle, « deux anciens ministres de la Défense (Gérard Longuet et Alain Richard) et un ancien ministre des Affaires étrangères (Hubert Védrine) interviendront, ce qui est plutôt un gage de sérieux ».

Le 7 avril, la France doit organiser la première « journée de commémoration du génocide des Tutsi », dont le principe avait été décidé le 7 avril 2019 par le président Emmanuel Macron.

Selon le président de la LICRA, cette manifestation risque aussi « d’interférer avec les travaux de la commission indépendante d’historiens » nommée par Emmanuel Macron « et dont les conclusions sont espérées avec une légitime attente ».

Macron a mis en place en 2019 cette commission d’historiens et de chercheurs afin de faire la lumière sur le rôle controversé de Paris dans cette tragédie.​

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