CPI : Bosco Ntaganda à la barre

  • Dans Rwanda
  • 12 juin 2017
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CPI : Bosco Ntaganda à la barre

Près de deux ans après l’ouverture de son procès, l’ancien chef de guerre congolais Bosco Ntaganda devrait prendre mercredi la parole devant la Cour pénale internationale (CPI): il est le premier à s’exprimer pour sa défense.

Après 64 jours d’audience consacrés à l’accusation, l’homme à la fine moustache pourra ainsi raconter sa version des faits et son histoire.
Bosco Ntaganda s’était seulement expliqué jusqu’à présent en plaidant non coupable, jurant n’être qu’un « soldat, pas un criminel ».
« Je suis décrit comme le Terminator, comme un célèbre tueur, mais cela n’est pas moi », avait-il affirmé dans sa langue natale, le kinyarwanda, au deuxième jour de son procès en septembre 2015.
Bosco Ntaganda, 43 ans, est accusé de treize crimes de guerre et cinq crimes contre l’humanité, dont meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel, commis par ses troupes en 2002-2003 en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).
L’accusé était chef adjoint de l’état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC). A prédominance Hema, ce bras armé de l’Union des Patriotes congolais (UPC) combattait principalement des milices Lendu pour le contrôle de cette région aux nombreuses mines d’or.
60000 victimes
« Cette affaire concerne la violence qui a décimé l’Ituri », avait déclaré la procureure Fatou Bensouda devant la Cour à La Haye.
Et d’après elle, Bosco Ntaganda « était un des commandants les plus importants » dans des crimes « ethniques » qui ont engendré la mort de 60.000 personnes.
Les attaques des FPLC laissaient derrière elles des corps « ligotés au niveau des bras », « en sous-vêtements », « éventrés », « les têtes écrasées par des pilons », avait rapporté un témoin.
Grand, teint clair, très imbu de lui-même et connu pour avoir la gâchette facile, le chef de guerre aurait donné les ordres, planifié et programmé les opérations, coordonné la logistique et fourni les armes.
Il aurait aussi « recruté personnellement des enfants », selon Nicole Samson, représentante du bureau de la procureure. Des « kadogo », des « jeunes » en swahili, filles et garçons, qu’il choisissait pour son escorte personnelle et qu’il habillait et armait pour le combat, une fois leur entraînement militaire terminé.
« Obéissants, (les enfants) n’exigent rien, ils ne connaissaient pas la peur », a-t-elle affirmé à l’audience. « Il était facile d’exploiter leur innocence. »
Témoignages  effrayants
Les jeunes filles devenaient « épouses de commandant », a souligné Sarah Pellet, représentante légale de 283 enfants-soldats, « maintenues en esclavage sexuel ou simplement données en pâture aux membres de la milice ».
Ramenée de force dans un camp, une fillette de onze ans raconte. « Je faisais tout: le ménage, je préparais à manger, nettoyais leurs tenues. Ils m’ont violée. (…) J’avais mal partout dans mon corps ».
L’accusation a présenté jusqu’au 16 février 71 témoins, 1.300 documents et onze témoins-experts comme éléments de preuves.
Durant le procès, la procureure a également accusé Bosco Ntaganda de subornation de témoins et, face à ces inquiétudes, des restrictions ont été imposées sur son accès à l’extérieur.
Pour protester contre ces mesures, l’accusé avait observé en septembre une grève de la faim de deux semaines, se disant « prêt à mourir ».
Car dans cette affaire, « tout reste à prouver », assure son avocat Stéphane Bourgon. Avec 109 témoins et quatre experts appelés devant la Cour, la défense veut combattre la réputation de son client: celle d’un chef de guerre opportuniste et sans pitié au sein des rébellions où il a successivement évolué. Du génocide des Tutsi au Rwanda (1994) au Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu.
Ce sont des dissensions accompagnées de combats au coeur du M23 qui l’avaient contraint à fuir et à se réfugier à l’ambassade des États-Unis à Kigali. Là, il avait demandé son transfert à la CPI en mars 2013.
S’il est jugé coupable, Bosco Ntaganda pourrait écoper d’une peine allant jusqu’à trente ans d’emprisonnement ou la réclusion à perpétuité.
En deux décennies, les conflits dans le nord-est congolais riche en minerais ont impliqué les armées d’au moins six nations africaines et causé la mort de trois millions de personnes, selon les ONG.

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