Move with Africa: mieux comprendre le phénomène de migration

Move with Africa: mieux comprendre le phénomène de migration

Ils nous envahissent ! Ils menacent notre économie ! On ne peut pas accueillir toute la misère du monde tout de même ! Ils sont trop différents ! Ils viennent profiter du système social ! Peut-être même qu’ils sont dangereux… ? 

Toutes ces réflexions et critiques montrent qu’il est temps de remettre les choses en perspective et de s’atteler à la compréhension du phénomène des migrations dans le monde.

Les élèves de l’Athénée Royal Jean Absil ont rendez-vous ce dimanche-là dans les locaux de l’école vides, pour une formation à l’éducation mondiale et solidaire avec l’ASBL Asmae.

C’est ce que l’ASBL Asmae a proposé aux élèves de l’Athénée Royal Jean Absil durant un dimanche de formation à la citoyenneté mondiale et solidaire organisé dans le cadre du projet Move with Africa. Ce jour-là, les élèves et leurs professeurs avaient rendez-vous avec Martin, responsable de l’ASBL Asmae, pour cette journée de formation dans les locaux de l’école. Dans cette athénée complètement vide, un silence apaisant régnait, propice pour permettre à chacun.e de se concentrer et ce, malgré un réveil dominical précoce !

« Toute personne a le droit de quitter son pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays » 

Cette phrase n’est pas anodine. Elle provient directement de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (Article 13). Fréquemment clamée comme référence de paix et de respect des droits humains, on peut pourtant se demander, particulièrement dans le cas des migrations, quels sont, au niveau mondial, les pays qui la respectent ? Qu’est-ce qu’un migrant ? Quelle est la différence entre un migrant, un réfugié et un demandeur d’asile ? Quelles sont les raisons qui poussent les hommes à migrer ?  Quels sont les pays qui accueillent le plus de migrants ? Les migrants constituent-ils un poids pour notre économie ?

De temps en temps, les élèves se divisent en sous-groupe pour creuser les thématiques proposées par Martin, l’animateur de Asmae.

Toutes ces questions sont fondamentales pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et avoir une vision nuancée et renseignée de ce qu’on appelle parfois « la crise migratoire ». Pour ce faire, Martin propose aux élèves un grand Quizz ! Ceux qui pensent que c’est la réponse A se mettent à gauche, au milieu pour ceux qui pensent que c’est la réponse B et à droite pour la réponse C, explique Martin. Vu l’heure matinale, autant se dynamiser en commençant par un jeu interactif.

Les questions sont complexes et nuancées. Il faut prendre le temps d’y réfléchir. Certaines d’entre-elles mettent en exergue des réalités parfois oubliées ou, du moins, peu évoquées. Quels sont les pays qui accueillent le plus de réfugiés ? Certains s’étonnent que ce soit la Turquie, le Liban et le Pakistan, qui, ensemble, accueillent plus de 30% des demandeurs d’asile. Le Quizz précise que les 6 pays les plus riches du monde accueillent à peine 9% de ceux-ci. On apprend aussi qu’en 2016, au moment du supposé pic migratoire, on comptait à peine 4 demandeurs d’asile pour 10.000 habitants en Belgique. Pour faire l’état des proportions de demandeurs d’asile, le Quizz d’Asmae propose d’imaginer la Belgique comme étant un stade de football composé de 10.000 places (puisque nous sommes environ 11,2 millions). Sur ces 10.000 places, combien y aurait-il de demandeurs d’asile ? Les élèves constatent que seules 40 personnes sur 10.000 seraient concernées puisqu’il y a eu cette année-là environ 44.760 demandes d’asile. Plus surprenant encore, sur ces 40 personnes concernées, seules 24 d’entre-elles ont reçu une protection en Belgique (60% de taux de reconnaissance). Voilà des chiffres qui permettent de relativiser ce phénomène pour lequel des mots tel que « crise » perdent de leur sens lorsque l’on compare la situation de la Belgique à d’autres pays du monde.

Des petits feuillets d’Amnesty International et du CIRE (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) sont distribués aux élèves pour continuer leur réflexion autour de la thématique des migrations dans le monde à la maison.

Apporter un peu de Belgique au Sénégal

Après la pause midi, les élèves ont droit à moment de calme durant lequel on leur demande d’écrire une lettre… qui leur est adressée. Effectivement, Martin voudrait que les élèves réfléchissent à leurs projections concernant le voyage. Quelles sont vos envies quand vous pensez à ce voyage ? Comment pensez-vous que cela va se passer ? Dans quel état d’esprit allez-vous en revenir ? C’est dans un silence total que les élèves s’attèlent à la tâche. Assis sur des chaises, éloignés les uns des autres, il règne une atmosphère paisible et chaleureuse dans la pièce. Les yeux rivés sur leur feuille, les élèves vivent un moment privilégié dans leur processus de réflexion autour du projet Move with Africa qui dure depuis 6 mois déjà. Après une bonne heure de cogitation, Martin récupère les lettres de chacun qu’il cèle une à une. « Vous les récupérerez à votre retour. On les ouvrira et on se relira ensemble » dit-il. On remet les chaises en arc-de-cercle et chacun s’assied pour la suite des activités.

Les élèves en pleine réflexion sont en train de s’écrire une lettre pour leur retour.

« Comme vous le savez, nous allons au Sénégal mais il y a très peu de chances que nos amis sénégalais obtiennent, eux, un visa pour venir en Belgique » explique Martin. L’atelier Migrations revient aux esprits des élèves, qui ont compris depuis lors que pour migrer de l’Afrique vers l’Europe, les conditions ne sont pas tout à fait les mêmes. Une situation qui illustre une des plus grandes inégalités Nord/Sud. « Je vous propose de réfléchir à des façons de les amener en Belgique sans voyager ! On pourrait penser à plusieurs petits ateliers/présentations pour qu’ils puissent découvrir nos traditions, nos villes, nos emblèmes et surtout toutes les réalités quotidiennes que vous vivez ici à Bruxelles » explique Martin. Très enthousiastes, les élèves commencent par proposer plusieurs idées d’activités possibles à faire sur place. « On n’organiserait pas une découverte culinaire ? On amène des produits typiques de chez nous ? » proposent des élèves. « On pourrait aussi débattre sur des thématiques comme la famille, la religion etc ? » dit une autre élève. « Ça pourrait aussi être chouette de faire un grand album photo de nous, de nos familles, nos maisons ! » s’exclame un élève.

Tour à tour, les élèves vont écrire leurs idées pour se présenter à leurs correspondants sénégalais sur le tableau.

Les idées ne manquent et après s’être concertés en sous-groupe pour creuser chaque idée, on refait une mise en commun. « On propose que chacun amène une spécialité culinaire de chez soi » explique Yasmine, une élève du groupe. Il faut dire que les élèves sont de plusieurs nationalités différentes et que chacun possède ses propres talents en matière de cuisine. Ce sera petits gâteaux sucrés et thé à la menthe pour les élèves d’origine marocaine, des shorts breads faits maison pour les Anglais, des galettes de Liège pour les Belges et peut-être même des pâtisseries portugaises. Les élèves semblent avoir aussi envie de réaliser une grande carte de Bruxelles sur laquelle ils mettraient en exergue les maisons de chacun, l’école, les centres sportifs et ludiques, les chemins habituels ainsi que les grands monuments comme le Cinquantenaire, l’Atomium ou le petit Mannequen-pis ! Chaque groupe expose ses projets et les conditions à remplir pour les aider à réaliser l’atelier une fois sur-place.

En sous-groupes, les élèves s’accordent sur les façons de procéder pour se présenter à leur correspondants sénégalais.

Vers 17h, les élèves prennent un dernier moment pour débriefer la journée. « J’ai beaucoup aimé l’atelier Migrations du matin. Il y avait beaucoup de choses que je ne savais pas. Je ne m’étais pas rendue compte de l’ampleur de la situation par rapport aux morts en Méditerranée par exemple » explique Alexandre. « J’ai aussi aimé en apprendre plus sur les migrations et m’écrire à moi-même. J’ai pu mieux me projeter dans le voyage. J’ai vraiment hâte d’y être ! » dit Lîna en souriant. « Moi j’ai tout aimé, mais le Quizz tôt le matin ça fait mal ! » exprime Aurélie. Effectivement, il a fallu se lever tôt, mais les élèves ainsi que leurs professeurs semblent plus que jamais motivés et inspirés par ce voyage qui s’approche !

A l’écoute les uns des autres, les élèves lèvent leur doigt pour poser leurs questions ou proposer de nouvelles idées! Une belle harmonie règne dans ce groupe.

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