RDC : La fuite des minerais bruts et donc de millions de dollars est toujours légale

RDC : La fuite des minerais bruts et donc de millions de dollars est toujours légale

La mission du Fonds monétaire international (FMI) envoyé en RDC du 19 au 25 février 2020 a souligné les difficultés budgétaires du pays et a rappelé l’urgente nécessité de « d’intensifier la mobilisation des recettes » tout en soulignant « les mesures prises par les autorités pour contenir les dépenses à l’avenir ».

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Un peu plus loin dans ses conclusions, l’équipe du FMI insiste sur le fait que « les autorités devraient agir pour réduire les pertes de recettes aux frontières dues à la fraude et à la contrebande et s’attaquer aux problèmes de gouvernance au sein des régies de perception de recettes. »

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Le FMI enjoint donc les autorités congolaises à prendre le taureau par les cornes pour accroître les rentrées dans les caisses de l’Etat qui sont aujourd’hui exsangues.

Au moment même où le FMI étudie les finances du pays, le ministre des Mines, Willy Kitobo Samsoni, annonce dans son courrier du 22 février qu’il prolonge le moratoire pour la mise en oeuvre de la réglementation des exportations des produits miniers marchands.

Une prolongation de six mois de ce moratoire qui permet aux miniers de sortir les minerais bruts du pays.

Ce moratoire n’est pas sans conséquence loin de là et ce à trois niveaux au moins.

Le premier concerne évidemment les caisses de l’Etat. En laissant filer ainsi des tonnes de matières premières non traitées les rentrées sont en effet insignifiantes pour le trésor public. Ce sont des terres brutes qui sortent du pays et qui ne rapportent qu’aux miniers.

Ensuite, le corollaire de cette décision, c’est que la population congolaise ne profite pas des richesses de sa terre. Les terres ainsi sorties ne nécessitent pratiquement aucun travail. Cette activité ne génère aucun  travail pour la population qui doit se contenter de regarder passer des camions surchargés sans en retirer le moindre bénéfice.

Enfin, en sortant ainsi pratiquement sans contrôle ces milliers de tonnes de terre gonflée de matières premières, le risque sanitaire est réel. Le l’hydroxyde de cobalt est gorgé d’uranium qui est ainsi transporté sans précaution particulière.

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En novembre 2018, Glencore avait dû suspendre la vente de cobalt de ses installations de Kamoto en raison de la forte concentration en uranium. Une annonce qui avait fâché les responsables de la Gécamines, qui possède 25 % de Kamoto Copper Compagny. La Gécamines estimait avoir été mise devant le fait accompli.

Le moratoire de six mois (au moins) va donc permettre aux sociétés minières de continuer à saigner le sol de la République démocratique du Congo au détriment de la population et de l’Etat.

Chers extincteurs

Parallèlement à ce manque à gagner évident dans le secteur minier, le budget de l’Etat pourrait être prochainement amputé de la modique somme de 9,39 millions de dollars. Une somme que le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières, par ailleurs vice-Premier ministre, Gilbert Kankonde, demande de régler au profit de la société Detect International pour la livraison de détecteurs de fumées et d’extincteurs pour tous les bâtiments des services publics et des véhicules de l’Etat.

Une coquette somme qui devrait être acquittée par procédure exceptionnelle.

Pas certains que ces deux courriers fassent le bonheur des agents du FMI.

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