RDC : Le retour de Wamba dia Wamba… à la tête de Bundu dia Mayala

RDC : Le retour de Wamba dia Wamba… à la tête de Bundu dia Mayala

Le parti-secte Bundu dia Kongo continue à faire parler de lui, avec la nomination à sa tête d’un revenant de la politique hasardeuse, Ernest Wamba dia Wamba.

Le 14 mai dernier, le secrétaire général de Bundu dia Mayala (parti qui a succédé à Bundu dia Kongo lorsque ce dernier a été interdit, en mars 2008, et dont l’agrément avait été retiré avant les élections de 2011, puis rendu en 2015), Me Fula Matingu, et son directeur du bureau politique, Sita Nsoni Zeno, ont en effet signé un document qui est parvenu à La Libre Afrique.be. Ils y indiquaient avoir reçu, le même jour, « mandat » du « Grand Maître Mwanda Nsemi » – alors détenu à  la prison de Makala, dont il s’est spectaculairement évadé la nuit du 17 au 18 mai – d' »attester » de la nomination, comme président national du parti, d’Ernest Wamba dia Wamba. Un vieux cheval de retour.

Du RCD-Goma au RCD-Kisangani

Né au Kongo-central (ex-Bas-Congo) en 1942, d’ethnie Manianga (surtout présente au Congo-Brazzaville), il s’était réfugié en Tanzanie avant des études aux Etats-Unis, grâce à une bourse. Professeur d’histoire, il a surtout écrit sur les luttes africaines en vue d’établir une démocratie africaine et aurait collaboré avec l’éminent président tanzanien Julius Nyerere dans ses projets en vue de la réconciliation au Burundi. Au Congo, Wamba dia Wamba a participé à la Conférence nationale souveraine (1991-92) dans les rangs de l’opposition.

On le retrouve en 1998 président de la rébellion soulevée contre Laurent Kabila, le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). En 1999, ce mouvement se scinde en une aile RCD-Goma, appuyée par le Rwanda, et une aile RCD-Kisangani, appuyée par l’Ouganda et dont Wamba dia Wamba devient le président à l’ombre du pro-consul ougandais, le général James Kazini, chef d’état-major de l’armée de Museveni. En août 1999, cette faction perd la « guerre de Kisangani » puisque l’armée ougandaise perdra cette bataille pour les ressources de la région contre l’armée rwandaise.

Wamba dia Wamba changera alors le nom de sa faction en RCD-Bunia, principale ville de l’Ituri – livré à l’exploitation par l’armée ougandaise – puis en RCD-ML (mouvement de libération). En avril 2000, il est renversé par son « Premier ministre », Mbusa Nyamwisi, et son « ministre des Finances », John Tibasima.

La patrie vendue à l’encan

Outre les exactions commises par son mouvement, la principale tache attachée au nom de Wamba dia Wamba est liée à une surprenante escroquerie. Le 15 juin 1999, il avait en effet signé pour 60 ans, au nom du « gouvernement de la République démocratique du Congo », un « Accord de coopération mutuelle pour le progrès de l’administration monétaire et le développement économique du Congo », rédigé en anglais, avec un certain Van A. Brink, Américain, en vue de créer une banque de réserve africaine privée au Congo. Cette African Union Reserve System aurait la gestion des réserves minières et de la banque centrale en échange d’une ristourne de 35% à l’Etat congolais.

Willy Mishiki (réapparu, après des ennuis avec la justice, comme vice-ministre de l’Energie et Ressources hydrauliques dans l’éphémère gouvernement Badibanga, formé en décembre 2016), qui était la cheville ouvrière de ce projet, avait expliqué ce dernier à La Libre Belgique (2 sept. 1999) après avoir fait défection du RCD-Kisangani pour rejoindre le RCD-Goma. « L’idée est de créer une banque centrale privée pour les Etats des Grands lacs. A terme, elle s’ouvrira à d’autres pays, mais M. Brink tient beaucoup à commencer par le Congo parce qu’il renferme beaucoup de ressources naturelles », nous déclara-t-il à l’époque. Une « force spéciale, qui dépendra directement de la banque » la protègerait, « composée de Congolais mais entraînée par des forces étrangères », détaillait Mishiki. La banque privée devait recevoir du gouvernement congolais toutes les facilités nécessaires pour construire des bâtiments et un aéroport – sur 5 hectares offerts par le gouvernement: l’adoption des lois nécessaires, l’accélération des procédures administratives, des passeports diplomatiques congolais et l’exemption d’impôts.

Bref, le professeur Wamba dia Wamba – qui aimait, à l’époque, parader en uniforme militaire – vendait à un Américain une partie de la souveraineté congolaise, dont, heureusement, il ne disposait que sur un tout petit territoire.

A la suite de l’article de La Libre Belgique, les bureaux de M. Wamba avaient annoncé, le 5 septembre 1999, qu’ils allaient ouvrir une enquête sur leur partenaire « et nous partagerons nos découvertes avec tous les concernés » – mais n’en avaient jamais rien fait.

Le Dominion de Melchizedek

Quant à Brink, président de la First International Bank of Grenada, il défrayait alors la chronique depuis plusieurs mois à Grenade pour des accusations de malversations. Selon La Lettre de l’Océan indien (4 septembre 1999), il se nommait en réalité Gilbert Allen Ziegler, ex-courtier en hypothèques dans l’Oregon qui s’était ruiné en 1994, et était …ambassadeur du Dominion de Melchizedek, « un ordre spirituel créé par un illuminé, qui met en vente des licences bancaires au nom de cet Etat virtuel ». Web Magazine (nov. 1999) décrivait, pour sa part, cet Etat virtuel comme servant « de vecteur aux escroqueries des autres ».

https://afrique.lalibre.be/3338/rdc-plus-de-4000-evades-dans-les-rues-de-kinshasa/

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