Rwanda : Niyonshuti : du génocide aux portes du Tour de France

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  • 9 juin 2017
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Rwanda : Niyonshuti : du génocide aux portes du Tour de France

Le coureur de Dimension Data  est le premier Rwandais à participer au Critérium du Dauphiné libéré, une des grandes courses cyclistes par étapes du calendrier cycliste mondual. À trente ans, il a déjà vécu plusieurs vies…

Printemps 1994. Des centaines de milliers de personnes périssent dans le génocide rwandais. Parmi eux, près de soixante membres de la famille du jeune Adrien Niyonshuti. Le cadet de neuf enfants perd surtout six frères dans l’une des plus grandes tragédies de la fin du XXe siècle. Vingt-trois ans plus tard, pas question pour le coureur d’entretenir le débat sur la difficile cohabitation entre anciens bourreaux et anciens rescapés. “Le cyclisme est un sport difficile. Ce sport demande tant de sacrifices qu’il n’y a pas besoin de nous séparer en tribus. Nous ne faisons qu’un en tant que Rwandais” déclarait-il en 2015 en marge du documentaire « Lycra in Africa : A cycling dream come true » (“Lycra en Afrique : un rêve cycliste devient réalité”, réalisé par Catherine Scott pour la chaîne australienne SBS).

À l’âge de 19 ans, Adrien Niyonshuti est repéré lors d’une course de vélo à pignon fixe par Jonathan Boyer, autre homme aux multiples vies. L’Américain, premier coureur de son pays à avoir disputé le tour en 1981 est, à l’époque, en quête de rédemption à la suite d’une condamnation pour agression sexuelle sur mineur. Il est au Rwanda à la demande de son ami Tom Ritchey, célèbre fabricant de bicyclettes. Jonathan Boyer, d’abord sceptique, est peu à peu séduit par le potentiel cycliste de ce petit pays. À partir de ce moment le destin d’Adrien Niyonshuti est lié à celui de l’ancien pro américain, reconverti en entraîneur.

Team Africa Rising – Team Rwanda Cycling, la structure créée par Jonathan Boyer fournit du matériel aux espoirs rwandais et leur permet de se familiariser avec la diététique et les méthodes d’entraînement. Et cet apport ne tarde pas à payer puisqu’Adrien Niyonshuti remporte le Tour de son pays à 21 ans. Dans la foulée, il intègre MTN, la première structure professionnelle africaine, ancêtre de Dimension Data.

Mais sa jeunesse passée à user ses jantes sur les chemins chaotiques d’Afrique de l’Est lui permet d’acquérir un bagage technique non négligeable. Et c’est tout naturellement qu’il s’adonne également au VTT. Grâce à cette discipline il découvre les JO, à Londres en 2012, avec en prime l’immense privilège d’être porte-drapeau de la délégation rwandaise.

Dès lors, la progression du coureur rwandais est linéaire. À l’instar de son équipe, qui est passée du niveau continental au niveau mondial. Après être devenu le premier cycliste de son pays à courir en Europe, Adrien Niyonshuti est, en 2016, le premier Rwandais à prendre le départ d’une course World Tour, lors du Tour de Catalogne. “Je suis déterminé et j’espère un jour participer au Tour de France”, avouait le coureur devant la caméra de Catherine Scott. Le critérium du Dauphiné Libéré, auquel a pris part Adrien Niyonshuti, est une étape importante, un passage obligé. La répétition générale de début juin, avec ses airs de Tour de France  avant l’heure permet à son rêve de prendre forme.

Toutefois, le fabuleux destin du coureur rwandais ne sera pas bouleversé s’il ne décroche pas son ultime Graal. “Une bicyclette peut changer la vie de quelqu’un. Vous savez, ça a changé ma vie”, concédait-il à SBS. Dans le sillage d’Adrien Niyonshuti, le vélo pourrait bien chambouler le destin de nombreux Africains.

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