L’UA réunie en sommet veut « faire taire les armes » en Afrique

L’UA réunie en sommet veut « faire taire les armes » en Afrique

Le sommet annuel de l’Union africaine (UA) s’est ouvert dimanche à Addis Abeba sur le constat amer de la multiplication des conflits sur le continent, ainsi que l’ambition affichée de l’organisation de peser plus en vue de leur résolution. Après plusieurs sommets lors desquels les réformes de l’UA – notamment son financement – et la mise en place de mesures telles que la Zone de libre-échange continentale (Zlec) ont occupé le devant de la scène, les débats se sont concentrés sur les conflits africains, comme en atteste le thème du rendez-vous continental: « Faire taire les armes ».

L’UA a aussi rejeté dimanche le projet du président Donald Trump pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien, qualifié de « énième violation des multiples résolutions des Nations unies », par le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat.

Evoquant « le terrorisme, les conflits intercommunautaires et les crises pré et post-électorales », M. Faki a rappelé la variété des problématiques auxquelles l’Afrique doit faire face.

Et il a souligné que si l’UA a récemment permis de faire avancer la paix en Centrafrique et au Soudan, de nombreux conflits persistent, comme en Libye et au Soudan du Sud, tandis que d’autres sont nés, notamment au Mozambique et au Cameroun.

Appelant à assortir l’action militaire au combat contre les « causes profondes » des conflits, comme la pauvreté ou l’exclusion, M. Faki s’est fait l’écho de la volonté de l’UA d’occuper un rôle plus important dans la résolution des conflits du continent et de cesser de laisser la main aux puissances et organisations extérieures.

« Des solutions africaines aux problèmes africains », a-t-il martelé, alors que de nombreux observateurs, en amont du sommet, ont pointé du doigt l’échec de l’engagement pris par l’UA en 2013 de « mettre un terme à toutes les guerres en Afrique d’ici à 2020 ».

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a succédé dimanche à l’Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, prenant pour un an la tête de l’UA (avant la République démocratique du Congo en 2021), a confirmé l’orientation de son action, et convoqué un sommet spécial pour le mois de mai en Afrique du Sud, portant sur la résolution des conflits, mais aussi sur la mise en oeuvre de la Zlec.

« Nous allons concentrer notre travail sur la résolution des conflits », a dit M. Ramaphosa, dont le successeur en 2021 à la tête de l’UA sera le président de la RDCongo, Félix Tshisekedi.

Samedi soir, dans la foulée de la médiation assurée par le vice-président sud-africain David Mabuza, M. Ramaphosa a rencontré séparément le président sud-soudanais Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar, afin de donner un nouvel élan au dialogue.

Car si MM. Kiir et Machar ont signé en septembre 2018 un accord de paix, la formation d’un gouvernement d’union nationale a été reportée à plusieurs reprises et aucun accord ne semble en vue alors qu’approche une nouvelle date-butoir, le 22 février.

Les deux rivaux se sont finalement rencontrés dimanche, dans le cadre de la médiation de l’organisation est-africaine Igad mais aucune avancée n’a été enregistrée sur la question cruciale du nombre d’Etats régionaux et le tracé de leurs frontières, principale pierre d’achoppement dans les négociations, a indiqué le ministre sud-soudanais de l’Information, Michael Makuei, à l’AFP.

Sur le dossier libyen, géré principalement par l’ONU et dans lequel l’UA s’est récemment plainte d’avoir été « systématiquement (…) ignorée », les rangs africains se sont resserrés autour de l’initiative d’un forum de réconciliation évoqué fin janvier lors d’un sommet organisé par le comité de l’UA sur la Libye.

Une initiative soutenue par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, présent à Addis Abeba, et qui avait dit comprendre samedi la « frustration » de l’UA, jusqu’à présent « mise à l’écart » dans le dossier libyen.

Après avoir samedi appelé à un rôle plus important pour l’UA, le secrétaire général de l’ONU a assuré dimanche qu’un « nouveau cadre de coopération » entre l’UA et l’ONU a été établi pour le dossier libyen.

Entre les dissensions internes et le financement insuffisant des missions de maintien de la paix, l’UA aura pourtant fort à faire pour devenir un acteur de poids dans la résolution des conflits.

A ce titre, le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) écrit que l’UA devrait inclure dans ses priorités la finalisation d’un accord avec l’ONU afin que celle-ci finance à hauteur de 75% ses missions de maintien de la paix approuvées par le Conseil de sécurité.

Un dossier que M. Guterres a évoqué dimanche devant l’UA. Les missions de maintien de la paix africaines doivent « jouir d’un financement prévisible garanti par des contributions obligatoires », a-t-il plaidé.

Car l’enjeu de la stabilité est de taille pour l’Afrique, au moment où l’UA multiplie les initiatives en vue du développement économique du continent, a rappelé M. Ramaphosa, selon lequel ces objectifs passent par la paix.​

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