Opinion: Félix Tshisekedi: une émancipation risquée ou le courage d’action tant attendu ?

Opinion: Félix Tshisekedi: une émancipation risquée ou le courage d’action tant attendu ?

Par Martin MULUMBA

Docteur en droit public et chercheur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Depuis son avènement au sommet de l’Etat en République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi est, à tort ou à raison, perçu comme un Président qui ne dispose que d’un pouvoir apparent, l’effectivité de ce pouvoir étant confisquée par la majorité sortante, qui contrôle les deux chambres du Parlement et surtout les assemblées provinciales.

Les alliés de Felix Tshisekedi ont voulu par cette domination arithmétique imposer au nouveau Président une pratique parlementariste du régime, alors que le sous son prédecesseur, le fonctionnement des institutions était caractérisé par une prééminence présidentielle.

En affirmant sur le plateau d’une chaine de télévision (France 24) qu’il était pleinement Président, Félix Tshisekedi avait répondu avec gravité à ceux qui pensent qu’il ne détient aucun pouvoir réel. Il ne lui restait qu’à matérialiser son propos par un acte fort ou une annonce fracassante.

Bien qu’enfermé dans une coalition FCC (NDLR: coalition kabiliste) – Cash (alliance UDPS-UNC), que d’aucuns qualifient d’alliance de la carpe et du lapin, le président congolais avait, par son programme de 100 jours, voulu démontrer qu’il plaçait le peuple au centre de son action politique et qu’il pouvait faire les choses autrement que son prédécesseur.

Sans objectif commun au sein de la coalition FCC-Cash, la marge de manœuvre du chef de l’Etat congolais semblait clairement étroite et limitée; le changement attendu et la construction de l’Etat de droit promis devenaient de plus en plus une volonté et une ambition justifiées mais pour la réalisation desquelles le Président ne semble pas disposer, en pratique, de tous les leviers nécessaires.

En annonçant à Londres, lors de son allocution devant la communauté congolaise, qu’il ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale tant qu’une crise n’existe pas, mais que si on le pousse à une crise la finalité ne peut être autre que la dissolution, le président Tshisekedi a envoyé un message clair et fort à son allié. Il a, pour la première fois, affiché une figure présidentielle forte et rassurante, confirmant non seulement qu’il était pleinement Président mais aussi le seul arbitre institutionnel qui doit assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions.

Même si le droit de dissolution est juridiquement encadré en droit congolais, il reste néanmoins un pouvoir personnel et d’arbitrage attribué au seul président de la République. Il dispose non seulement de l’initiative de la consultation des autres animateurs des institutions (Premier ministre et les présidents des chambres du Parlement), mais aussi le pouvoir d’apprécier la crise dite persistante en tant que seul arbitre du bon fonctionnement des institutions.

S’il est vrai que ces propos du chef de l’Etat ont confirmé le fondement fragile de la coalition, ils ont semblé être une menace sérieuse pour les uns – donc une émancipation risquée pour Félix Tshisekedi – et, pour les autres, révélé le courage nécessaire d’un Président déterminé , qui cherche comment assoir toute son autorité.

Entre une coalition dominée par les apparences et l’hypocrisie des acteurs, et l’intérêt général qui fonde la vision du « peuple d’abord » que prône Félix Tshisekedi, le président congolais devrait vite trancher. Il a promis de faire de l’année 2020 celle de l’action; il doit se montrer à la fois décisif et réaliste.

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