Burundi: le candidat du CNDD-FDD à la présidentielle saura-t-il se libérer de Nkurunziza?

Burundi: le candidat du CNDD-FDD à la présidentielle saura-t-il se libérer de Nkurunziza?

Par Marie-France Cros.

 

Le général Evariste Ndayishimiye a été désigné candidat du parti au pouvoir, le CNDD-FDD pour la présidentielle du 20 mai prochain. Cette désignation confirme que le président sortant, Pierre Nkurunziza, ne se présentera pas à un quatrième mandat après avoir imposé le troisième par la force et contre l’interdiction spécifique qu’en faisait l’Accord de paix d’Arusha, qui avait mis fin à la guerre civile (300 000 morts).

 

Les derniers doutes étaient tombés la semaine dernière, lorsque le parlement burundais avait adopté un projet de loi taillé sur mesure pour M. Nkurunziza, lui octroyant “une villa de très haut standing” à construire par l’État dans les 5 ans – bien que M. Nkurunziza eut déjà veillé personnellement à son bien-être matériel durant sa Présidence – le versement “d’une allocation unique” d’un demi-million d’euros (somme considérable au Burundi où 75 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté), un salaire égal à celui du vice-Président durant sept ans puis un salaire à vie égal à celui d’un député ; six véhicules et des frais d’intendance ; des gardes de sécurité, etc….

 

Officiellement, Evariste Ndayishimiye a été choisi par le congrès extraordinaire du CNDD-FDD réuni dimanche à Gitega, la nouvelle capitale, à l’issue de trois jours de prière. Le Président sortant est en effet un évangélique prosélyte, liant “Dieu” – qui, selon lui, a voulu qu’il fut chef de l’État – à tout ce qu’il fait. “Tout ce qui va se passer dimanche, c’est le plan de Dieu”, avait-il encore assuré samedi.

 

Un CNDD-FDD épuré

 

Ce choix correspond à ceux de la direction du CNDD-FDD, épurée par 5 ans de répression de toute dissidence : les quelques intellectuels dont disposait le parti l’ont quitté et les ex-maquisards n’ayant pu faire d’études en raison des entraves imposées aux Hutus par l’ancien régime tutsi, ont confirmé leur main-mise sur le parti et le pays.

 

Le dernier mandat de M. Nkurunziza s’est traduit par un déchaînement de violence (des centaines de meurtres et autant de disparitions), en particulier de la part de la milice du parti, les Imbonerakure, contre toute opposition réelle ou supposée. Cette violence a provoqué la fuite hors du Burundi de 400 000 personnes et plongé le pays dans une crise économique sans précédent, créant l’insécurité alimentaire pour la moitié des Burundais.

 

Le général candidat est un proche du Président sortant. Ancien compagnon de maquis, il a été son ministre de l’Intérieur (2006-07), son chef de cabinet civil, son chef de cabinet militaire. Il partage avec lui une forte ferveur religieuse – catholique la sienne – et, apparemment, sa conviction d’être choisi par Dieu. “Dieu a multiplié les signes qui annoncent ce qui vient de se passer”, a-t-il dit après avoir été désigné, dimanche, citant notamment le fait qu’un pigeon était venu se poser sur la tête de son épouse quelques jours auparavant.

 

Sera-t-il le jouet de Nkurunziza ?

 

On dit cependant Ndayishimiye colérique et aimant blaguer, au contraire de Pierre Nkurunziza. Plusieurs observateurs ont noté avec espoir que, contrairement à nombre de généraux du CNDD-FDD, il n’avait pas de sang sur les mains depuis la fin de la guerre civile. Contrairement à de nombreuses “élites” du régime, en outre, son nom n’est pas lié aux circuits de la corruption qui saignent le Burundi.

 

Alors, peut-il être un espoir ? Cela dépend de l’indépendance qu’il pourra se créer vis-à-vis de son prédécesseur et des réseaux de corrompus. “Vous êtes notre Moïse”, a-t-il dit publiquement au Président après sa désignation. “Avec votre soutien, je suis prêt à affronter tous les combats”

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