RDC : Maigre bilan pour l’an 1 du règne Tshisekedi

RDC : Maigre bilan pour l’an 1 du règne Tshisekedi

Le 24 janvier 2019, se déroulait la première transition pacifique en RDC. Joseph Kabila transmettait le flambeau à Félix Tshisekedi. Une année pleine de promesses… le plus souvent sans lendemain.

Le 24 janvier 2019, après des scrutins législatifs et présidentiel surréalistes – on attend toujours la publication du premier P.-V. issu des bureaux de vote pour confirmer ce résultat – Félix Tshisekedi enfilait l’écharpe présidentielle aux couleurs de la RDC que lui remettait son prédécesseur Joseph Kabila. Une première transition pacifique (à défaut d’être démocratique) plutôt désertée par les autres chefs d’État qui avaient appelé, une semaine plus tôt, au report de la confirmation de la victoire de Félix Tshisekedi parce qu’ils avaient de sérieux doutes sur “la conformité des résultats provisoires, proclamés par la Commission électorale nationale indépendante, avec le verdict des urnes”, selon le communiqué publié à Addis-Abeba le 17 janvier 2019 à la suite d’une réunion exceptionnelle de 9 chefs d’États africains.

Le duo Kabila-Tshisekedi n’en a cure. Le quinquennat de Félix Tshisekedi peut débuter dans un climat de suspicion généralisée. Un an plus tard, le bilan de la nouvelle équipe est famélique. Dans son discours d’investiture, Félix Tshisekedi promettait notamment “d’instaurer un État de droit, de lutter contre la corruption et l’impunité, d’éradiquer les poches d’insécurité sur l’ensemble du territoire national et de mettre en œuvre une politique basée sur la justice distributive”, comme le rappelle l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) dans son Rapport sans concession sur cette première année du quinquennat, sous-titré “De la lueur au leurre d’une coalition FCC-CACH contre nature”.

Relation diplomatique

S’il y a un domaine où l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi a permis d’améliorer le climat général, ce sont les relations internationales. Les tensions persistantes entre la RDC et certains de ses voisins ont largement baissé. Tshisekedi a rassuré ses voisins comme l’Angola, l’Ouganda ou le Rwanda… Le pays est sorti de son isolement. Le président Tshisekedi a multiplié les déplacements, notamment en Belgique, en France, aux États-Unis, en Allemagne et tout récemment au Royaume-Uni et au Vatican.

Décrispation politique

Félix Tshisekedi a pris “des mesures positives, telles que gracier des prisonniers politiques et autoriser des détracteurs en exil à rentrer” au pays, se félicite Amnesty International dans un rapport sur cette première année de pouvoir. Le reste du rapport est nettement moins positif. Cette “politique” de décrispation, qui a permis la libération de quelques prisonniers politiques et le retour de certains opposants au régime Kabila, est loin d’être complète. Nombre de détenus politiques croupissent toujours en prison.

Sécurité et santé

Félix Tshisekedi, lors de son premier déplacement dans l’est du pays, meurtri par un quart de siècle de violences, des centaines de milliers de morts et bien plus encore de déplacés, avait promis de ramener la paix sur tout le territoire, allant même jusqu’à affirmer qu’il était “prêt à mourir” pour la paix dans les Kivus. Aujourd’hui, malgré la reddition de certains groupes armés, malgré certaines offensives de l’armée pour traquer ces “rebelles”, la population civile doit toujours vivre dans la terreur et les morts s’ajoutent aux morts. Sur le terrain, dans le territoire montagneux de Masisi, des journalistes expliquent avoir surtout rencontré des civils traumatisés par les violences, affamés, entassés dans un camp insalubre, comme “Maman” Gentille, 26 ans : “J’ai fui mon village suite aux affrontements entre NDC-R et Nyatura (deux groupes de rebelles).” Au total, les experts estiment que plus de 500 000 déplacés survivent dans ces territoires montagneux. Le constat, terrible, peut être transposé plus au nord, dans la région de Beni. En novembre et décembre dernier 260 civils au moins ont été tués au cours d’attaques perpétrées par des groupes armés sur des villages ruraux.

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C’est aussi dans cette région que sévit toujours l’épidémie d’Ebola. Plus de 3 200 cas de maladie à virus Ebola ont été enregistrés en RDC où l’épidémie de fièvre hémorragique a déjà tué plus de 2 230 personnes depuis août 2018, indiquait fin de semaine l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Depuis le début de l’épidémie, le cumul fait apparaître 3 262 cas confirmés et 118 cas probables, selon des statistiques de l’OMS datant du début de cette année. À côté de cette fièvre hémorragique, la RDC, et en particulier l’est du pays, doit aussi faire face à une épidémie de rougeole et de choléra. La rougeole a déjà tué plus de 6 000 personnes en un an, et l’OMS lance un appel pour obtenir des fonds supplémentaires afin d’étendre la vaccination à une nouvelle classe d’âge. Ce bilan est encore aggravé par la faiblesse du système de santé congolais, la malnutrition ou la difficulté de porter secours aux populations, du fait notamment de l’insécurité, explique un responsable local de MSF.

Justice

La lutte contre l’impunité promise par le chef d’État n’a convaincu personne. “Des seigneurs de guerre et des auteurs présumés de terribles atteintes aux droits humains demeurent en liberté du fait de l’immobilisme du gouvernement”, explique dans son rapport Deprose Muchena, directeur du programme Afrique de l’Est et Afrique australe d’Amnesty International. L’homme relève aussi une déclaration du président congolais qui a expliqué en septembre 2019 “qu’il ne comptait pas aller fouiner dans le passé et n’avait pas le temps d’amener les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains à répondre de leurs actes”. Avant d’ajouter, “il n’est pas étonnant que l’impunité ait régné ces 12 derniers mois”. Le rapport d’Amnesty International cite des exemples concrets d’injonctions politiques aux magistrats pour qu’ils “suspendent” des mandats d’arrêt contre des hauts cadres de mouvements rebelles ou de seigneurs de guerre pourtant clairement identifiés. Avant de conclure : “rechercher la paix aux dépens de la justice est une illusion par laquelle les autorités de la RDC ne doivent pas se laisser bercer”.

Le paradoxe congolais

L’ONG Journaliste en danger, de son côté, a sorti un rapport intitulé “Le bilan inquiétant du président F. Tshisekedi sur la presse”. Un document de huit pages qui évoque l’assassinat d’un journaliste, les attaques contre des médias proches de l’opposition, des émissions censurées et des journalistes menacés, agressés ou arrêtés arbitrairement.

Situation économique

La situation du pays est simplement catastrophique. Sans une perfusion internationale, la RDC sera exsangue. Tshisekedi est parvenu à arracher le vote d’un budget de 10,2 milliards de dollars pour 2020 alors que les recettes de 2019 sont évaluées à 5,5 milliards de dollars et les experts sont unanimes pour affirmer qu’il ne pourra dépasser 6,32 milliards de dollars en 2020.

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