Afrique de l’Ouest: M. Macron veut un soutien des chefs d’Etat du Sahel

Afrique de l’Ouest: M. Macron veut un soutien des chefs d’Etat du Sahel

Le sommet Sahel convié par le président Emmanuel Macron s’est ouvert lundi après-midi à Pau. Le président français en attend une claire déclaration que la présence militaire française est souhaitée. A contrario, l’expert français Marc-Antoine Pérouse de Montclos suggère que soit négocié un calendrier de désengagement du contingent français.

 
Le sommet Sahel s’est ouvert ce lundi après-midi, en présence des Présidents des États du G5-Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), du secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres, du président de la Commission africaine, le Tchadien Moussa Faki et du président du Conseil européen, le Belge Charles Michel. 
 
Alors que les attaques meurtrières de djihadistes se multiplient contre les armées du Niger, du Mali et du Burkina, un sentiment anti-français s’est développé dans la région, en particulier au Mali et dans une moindre mesure au Niger et au Burkina Faso. Le président Macron veut obtenir du sommet une déclaration claire des dirigeants du G5-Sahel soulignant que la France est présente militairement sur leur territoire à leur demande. Paris veut aussi revoir la stratégie militaire contre les djihadistes et obtenir un appel à une participation accrue des membres de l’Union européenne, qui renâcle à mettre le pied dans le bourbier sahélien, alors que les Etats-Unis, a annoncé le New York Times le mois dernier, envisagent de retirer leurs troupes de la lutte anti-terroriste en Afrique de l’Ouest.
 
Le cœur du problème est la mauvaise gouvernance
 
Interrogé par La Libre Afrique.be, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, docteur en Sciences politiques et spécialiste français des djihadistes africains, estime qu’”on a beaucoup exagéré l’importance du radicalisme islamique dans la crise” que vivent plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, “alors que le cœur du problème est la mauvaise gouvernance et la corruption qui y règnent, ainsi que l’impunité des militaires” locaux qui mènent la répression contre les djihadistes ou supposés tels, à grand renfort d’exécutions extrajudiciaires. “Les survivants se jettent dans les bras des djihadistes pour trouver une protection”. 
 
Ces derniers, poursuit notre interlocuteur, prospèrent essentiellement “sur l’absence de l’État, qui ne se manifeste trop souvent que par des brutalités : massacres de l’armée (ou supplétifs) contre des Peuls au Burkina, torture dans les prisons camerounaises, etc… Et jamais une mission d’enquête n’est constituée” pour établir ce qui s’est passé.
 
L’assurance-vie des dictateurs
 
“Il y a un consensus aujourd’hui pour dire que la solution est politique et non militaire”, note le politologue, y compris à la tête de l’armée française.
 
On se trouve donc à la croisée des chemins : “soit on garde le même logiciel et on se retrouve, au mieux, avec un statu quo dans dix ans ; soit on envoie des renforts français – la pire solution, selon moi, parce que les crimes des armées locales rejailliront sur la France, comme on l’a vu pour le Rwanda - ; soit on commence à négocier un calendrier de désengagement militaire avec nos partenaires. La présence française sert en effet d’assurance-vie à des régimes corrompus et autoritaires ; le Mali, par exemple, vit sous perfusion, grâce à l’aide extérieure et n’a donc aucune incitation à se réformer”.

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