RDCongo: Grogne étudiante: dangereuse escalade

RDCongo: Grogne étudiante: dangereuse escalade

Par Marie-France Cros.

Alors qu’un policier a été lynché et deux autres ont été grièvement blessés mardi à Kinshasa, à l’occasion de manifestations étudiantes durant lesquelles une demi-douzaine d’étudiants ont été blessés – certains par balles -, on est loin de revenir au calme. A la menace du ministre de l’Enseignement supérieur de vider par la force les homes du campus de l’Unikin si ses occupants ne le quittaient pas pour ce 9 janvier, des étudiants auraient répliqué par une menace plus grave encore si le ministre ne rapportait pas sa décision. En tout état de cause, l’expulsion des habitants du campus – étudiants réguliers et occupants irréguliers – ne se fera pas sans mal.

Les étudiants de l’Unikin (Kishasa) et de l’Unikis (Université de Kisangani) ont organisé des protestations lundi contre la forte majoration du minerval. Dans cette dernière, les professeurs ont suspendu les activités académiques. Dans la capitale, le ministre de l’Enseignement supérieur, Thomas Luhaka, a annoncé mardi la suspension de « toutes les activités » et donné aux personnes qui logent sur le campus « 48h »  pour vider les lieux avant de pouvoir y revenir une fois dûment identifiées comme « étudiant régulier ».

Il faut savoir que les chambres d’étudiants de l’Unikin sont surpeuplées parce qu’outre les étudiants, y logent toutes sortes d’autres personnes, non autorisées celles-ci: des parents en visite mais aussi des sous-locataires payants, des civils comme « des militaires et des policiers », selon le journal Le Phare. Le ministre Luhaka veut faire le tri.

On peut d’ores et déjà s’attendre à ce que cette opération d’identification se passe dans la violence: les locataires non autorisés ne se laisseront pas facilement expulser, tandis que la police a diffisé un communiqué prevenant que tout étudiant trouvé jeudi dans les résidences universitaires « sera considéré comme un infiltré, un ennemi de la République faisant partie des bandits qui ont tué » un policier.

Réprimer Lamuka?

Un « infiltré »? Le terme en a désarçonné plus d’un, mercredi. S’agissait-il des « infiltrés » également dénoncés au sein de l’armée au Nord-Kivu?

Selon un communiqué  de presse du regroupement politique Nogec, membre de la coalition kabiliste FCC (Front pour le Congo), et daté du 8 janvier, il s’agirait d' »extirper du site universitaire tous les infiltrés de Lamuka (NDLR: coalition d’opposition dont le candidat à la présidence est considéré comme ayant remporté l’élection, avant d’être privé de sa victoire par un accord Kabila-Tshisekedi) qui se font passer pour des étudiants, avec pour mission de déclencher une insurrection populaire généralisée ». De son côté, le directeur de cabinet du président Tshisekedi, son allié politique Vital Kamerhe,  a déclaré au site d’information actualité.cd que ceux qui ont tué un policier mardi « ne sont pas des étudiants de l’Unikin mais des infiltrés ».

Faut-il voir dans ces prises de position le prélude à une répression de Lamuka?

RDCongo: l’Unikin suspend ses activités

L’arme atomique

L’annonce du ministre a suscité mardi soir un communiqué signé « les étudiants de l’Unikin » et daté du « 07 janvier à 19h11 », annonçant que « dans 48h, si le Ministre ne change pas sa décision, nous allons mettre le feu au CREN-K ».

Il s’agit des locaux abritant le réacteur nucléaire de recherche de l’Unikin, au Mont-Amba – le premier installé en Afrique, en 1958, pour récompenser le Congo d’avoir fourni l’uranium nécessaire à la confection des bombes atomiques qui pulvérisèrent Hiroshima et Nagasaki, au Japon, en 1945. Ce réacteur a fonctionné entre 1973 et 1994. Depuis lors, il aurait rendu l’âme, non sans susciter quelques inquiétudes internationales sur une possible prolifération, en raison du manque de soins accordés à l’installation par les autorités congolaises. En 2007, des barres d’uranium y avaient été dérobées.

Alors s’agit-il de menaces proférées par des étudiants en sciences survoltés? Par un groupe plus important? Ou est-ce une manipulation extérieure?

« Politiciens pyromanes »

Nos confrères du Phare (proche de l’UDPS et du président Félix Tshisekedi) évoquaient en effet mercredi matin de possibles « infiltrés intrumentalisés par certains politiciens pyromanes, convaincus que leur survie politique passe par le chaos ». Et de souligner que le chef de l’Etat avait promis samedi à une délégation d’étudiants de réunir toutes les parties pour trouver un compromis sur l’accroissement des frais académiques, passés « du simple au triple »; le journal juge donc « inexplicable » l’explosion de violence de lundi et mardi.

Le Phare assure que « les Kulunas (NDLR: voyous organisés en bande) de cette partie de la capitale étaient au parfum de ce qui allait se passer à l’Unikin. En conséquence, ils avaient pris les dispositions utiles pour prendre une part active aux casses ». Une agence bancaire et des magasins du campus ont été dévastés et dévalisés lundi. Egalement au courant, dès le matin, que des violences étaient à attendre: « de nombreux Kinois et Kinoises ». Le Phare parle dès lors de « faillite du dispositif de prévention » des « services » de renseignement.

Le journal kinois rappelle que, le 31 décembre dernier, il avait attiré l’attention sur « la bombe sociale » que représentait la majoration des frais académiques.

Mardi soir, 11 personnes avaient été interpellées par la police, dont 5 étudiants.

RDCongo: l’Unikin suspend ses activités

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos