Des Belges dans la bataille du rail au Congo

Des Belges dans la bataille du rail au Congo

Par François Misser

L’Afrique est devenue la nouvelle frontière de l’économie mondiale. Il faut donc construire de nouvelles lignes de chemin de fer. Le Belge Vecturis, s’inscrivant dans la tradition de ces ancêtres qui ont construit et géré des voies ferrées en Chine, dans la Russie impériale ou en Egypte, est à la manœuvre aux quatre coins de l’Afrique.

Créée en 2006 par les juristes Eric Peiffer et Patrick Claes, Vecturis, dont le QG est à la gare de Limal, bénéficie d’une longue expérience africaine. Dans les années 1970, Patrick Claes travaillait déjà à la formation des agents de la Régie des Chemins de Fer du Mali. En 1995, le tandem crée la société Comazar, avec la compagnie de chemins de fer sud-africaine Transnet, le groupe français Bolloré et la Commonwealth Development Corporation. Le départ est fulgurant.

En deux ans, la filiale de Comazar, Sizarail – à qui le régime Mobutu finissant avait cédé l’exploitation des chemins de fer zaïrois – a vu quadrupler le trafic marchandise et passagers. L’arrivée de Laurent Kabila en mai 1997 donne un coup d’arrêt à cet essor et Patrick Claes est incarcéré cinq mois à la prison de Makala sur des allégations non étayées de détournements de fonds publics.

Vingt-trois ans après cette mésaventure, Vecturis peut revendiquer l’un des plus grands succès ferroviaires du continent en tant qu’opérateur du Transgabonais, qui a réalisé un record de transport du minerai de manganèse en 2018 et équilibré ses comptes pour la première fois. Il ambitionne de doubler la performance d’ici 2022 jusqu’à 10 millions de tonnes, grâce à des financements de 400 millions de dollars émanant de l’Agence française de développement et de la Banque mondiale. Il transporte également 320 000 personnes par an entre Franceville et Libreville, dans des conditions de confort répondant aux normes européennes. La ligne est l’une des plus modernes d’Afrique, avec le système de gestion automatique du trafic ATRAC, qui signale rapidement les déraillements, et un système anticollision.

Vecturis est également opérateur de la compagnie malgache Madarail, pour laquelle elle ébauche un plan de relance après l’interruption des financements de la Banque mondiale, de la Banque européenne d’investissement et d’autres bailleurs depuis la crise politique de 2009. Ce plan n’a pu être exécuté qu’à moitié et les performances réalisées plafonnent avec un trafic d’environ 200 000 tonnes, très en deçà du potentiel de la ligne (un million de tonnes), selon Eric Peiffer.

La firme de Limal a également été conseiller technique ferroviaire pour les bailleurs de fonds du chemin de fer de Nacala, au Mozambique, inauguré en mai 2017 et assure actuellement le monitoring des opérations sur cette ligne de 912 km, conçue pour évacuer le charbon de la mine de Moatize pour le sidérurgiste brésilien Vale et le Japonais Mitsui.

Malgré ses déboires passés, le duo belge est revenu en RDCongo où il a établi les termes de référence techniques et juridiques pour la reconstruction et l’exploitation de la ligne Kolwezi-Dilolo (427km), section congolaise du corridor de Lobito, sur lequel la China Railways corporation a réhabilité, côté angolais, les 1244 km du chemin de fer de Benguela inauguré en 1929, dont le premier actionnaire fut la compagnie Tanganyika Concessions Ltd, filiale de la Société générale de Belgique. Sabotée par l’Unita durant la guerre civile angolaise (1975-2002) et redevenue opérationnelle en 2014, cette voie ferrée ne peut être, en effet, rentabilisée que par l’évacuation du cuivre congolais voire zambien.

Vecturis fournit également l’assistance technique à la réhabilitation, la maintenance et l’opération de 3500 km de voies ferrées au Nigeria et a réalisé plusieurs audits de projets ferroviaires pour le compte de compagnies minières….

Mais la concurrence chinoise est rude En janvier 2018, a été inaugurée la ligne de 756 km entre Addis Ababa et Djibouti, tracée par la France en 1917, totalement reconstruite et électrifiée par la China Rail Engineering Corporation et la China Civil Engineering Construction Corporation, pour 4 milliards de dollars. Parmi d’autres projets, la Chine réhabilite aussi le Tazara (Tanzania-Zambia-Railway (Tazara) également connu comme « Uhuru Railway » (chemin de fer de la liberté en swahili), inauguré en 1976: elle remplace l’écartement étroit des voies par un écartement standard. Le Tazara pourrait bientôt offrir un débouché alternatif au cuivre et au cobalt congolais, avec le chemin de fer de Benguela, jusqu’ici évacués par le sud, seulement par les ports sud-africains.

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