RDC : Evasion de Makala, les chiffres

RDC : Evasion de Makala, les chiffres

Le 17 mai 2017 est entré dans l’histoire du monde carcéral. Ce jour-là, alors qu’il fait encore nuit noire sur Kinshasa, les premiers coups de feu retentissent aux abords du Centre pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (Makala). Le but d’une des plus importantes évasions du monde.

Ni le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, pourtant amoureux des chiffres, ni le ministre de la Communication, l’incontournable Lambert Mende, ne s’est jamais attardé sur les chiffres de cette évasion. Le 17 mai dans le courant de la journée, alors que les témoignages abondaient pour signaler l’importance de cette évasion de masse, le ministre Mende reconnaîtra « 51 » personnes dans la nature. Le lendemain, les forces de l’ordre annonceront avoir mis la main sur plus de 140 détenus en cavale. Une incongruité de plus.

Trois semaines après les faits, la Fondation Bill Clinton pour la Paix de Kinshasa a déposé un rapport sur les faits et, plus généralement; sur l’état du centre de détention et des prisons en général en RDC.

6700 prisonniers excédentaires

Le rapport de l’ONG la Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) n’hésite pas à expliquer que la « RDC bat le record mondial des évasions ». Il poursuit en rappelant que la prison de Makala fut construite à l’époque coloniale pour accueillir 1500 détenus. Aujourd’hui, le même établissement accueille 8220 détenus, « son Excellence Monsieur Alexis THAMBWE MWAMBA, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux lui-même avait donné le nombre », précise le rapport.

Le jour de l’évasion, le nombre de détenus était de 8075, selon différents témoignages qui concordent – assez étonamment – sur ce chiffre. Après les faits, ils n’étaient plus que 3884, ce qui signifie que 4191 détenus étaient dans la nature.

Décor apocalyptique

Le rapport se penche sur l’état de délabrement complet de cet établissement et sur les conditions de vie catastrophiques des détenus. « En général, les prisons de la RDC sont toutes dans de très mauvais états, surtout celle de Kinshasa. Toutes ses installations sanitaires sont détruites. L’insalubrité et la promiscuité carcérales sont à la base de beaucoup de maladies infectieuses. L’Etat Congolais ne dispose pas de moyens matériels et financiers pour assister les prisonniers et détenus préventifs. Les prisonniers malades sont pris en charge dans leurs soins médicaux et leur hospitalisation par eux-mêmes, même le service de sécurité est assuré par eux-mêmes. 

« La PCM compte 11 pavillons dont un pour les femmes prisonnières et détenues préventives. Nous observons une surpopulation carcérale très prononcée. Les conditions de détention sont infra-humaines : ils sont nourris grâce aux parents, aux hommes de bonne volonté, aux églises, surtout l’Eglise Catholique. En plus, les prisonniers assurent eux-mêmes la propreté de leur pavillon en contribuant par des cotisations en argent. La Croix-Rouge Internationale leur fournit chaque semaine des savons pour leur soin au quotidien. Le centre de santé s’y trouvant n’existe que de nom car sans médicament. La procédure judiciaire est très lente, par exemple, avant l’évasion en date, sur 8.220 dossiers judiciaires, seulement 2.229 ont fait l’objet d’un traitement ».

Responsabilité à tous les étages

Enfin, les rapporteurs, qui ont notamment pu s’entretenir avec le député Franck Diongo, détenu dans cette prison, insistent sur la responsabilité e cascade des autorités face à cette évasion. En effet, ils expliquent que depuis l’arrestation de Ne Muanda Nsemi, « les membres de la BDK (ou BDM) Bundu Dia Mayala, avaient distribué des tracs faisant état de la libération prochaine de leur gourou (…). Au cas où la justice congolaise ne le libérait pas, ils le feraient sortir de force de la prison centrale de Makala. »

Les resonsables de l’ONG expliquent qu’ils avaient averti les autorités du risque d’attaque mais qu’ils n’ont jamais été entendus. Ils en appellent donc à des sanctions à différents niveaux.

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