RDCongo: des chefs coutumiers du Tanganyika dénoncent la « dictature » de Zoé Kabila

RDCongo: des chefs coutumiers du Tanganyika  dénoncent la « dictature » de Zoé Kabila

Par Marie-France Cros.

Trois chefs coutumiers et trois chefs de groupement de la province du Tanganyika (issue du découpage du Katanga) ont écrit au président Félix Tshisekedi, le 20 décembre dernier, pour protester contre le fait que « la province du Tanganyika et plus particulièrement le territoire de Kalemie » – dont les six sont originaires – « sont pris en otages par Monsieur Zoé Kabila avec son directeur de cabinet ».

Copie de la lettre est parvenue à La Libre Afrique.be de source katangaise. Selon les six signataires – les chefs Benze, Tumbwe, Rutuku, Moni, Lukwangulo et Kasabondo – « toutes les activités économiques » sont « complètement paralysées » par le gouverneur de la province, Zoé Kabila, jeune frère de l’ancien chef de l’Etat, ce qui entraînerait, selon eux, l’appauvrissement de la population. Ils affirment que Zoé Kabila aurait pourchassé essentiellement les petits commerçants, y compris les pêcheurs du lac Tanganyika qui longe la province sur son côté oriental, « alors que depuis nos ancêtres, nos enfants ont toujours pratiqué la pêche ».

Cliquez ici pour lire la lettre: KALEMIE NEWS

Les six signataires dénoncent en particulier l’activité répressive du directeur de cabinet du gouverneur, « le tyran Kitwanga », qui fait emprisonner des personnes « sans passer par les cours et tribunaux ». « Nous vivons vraiment dans un régime de terreur ».

Affairisme et négligence de la province

La lettre accuse Zoé Kabila de « bloquer » les importateurs de ciment gris alors que lui-même serait devenu « dépositaire de toutes les compagnies (cimenteries) de la Tanzanie », où a grandi la fratrie Kabila.

Les signataires affirment également que l’administration provinciale ne fonctionne pas, que le gouverneur « a limogé presque tout le personnel », et qu’il reçoit ses interlocuteurs chez lui et non à son bureau. Précisons ici que le démantèlement des provinces, en 2015, avait été décidé par Joseph Kabila pour détruire la puissance du Katanga et de son rival politique Moïse Katumbi, qui en était le gouverneur; non préparé, il a créé de nouvelles provinces sous-équipées.

Les six chefs accusateurs déplorent par ailleurs l’absence d' »évaluation de l’action gouvernementale », un seul conseil des ministres provinciaux ayant été réuni par le gouverneur en sept mois. Ce dernier, ajoutent-ils, « n’a jamais visité un seul territoire » de la province; « quel est alors le sens de la décentralisation? » Zoé Kabila n’a « jamais rencontré » les membres du conseil de sécurité de la province, ni les militaires et policiers sous son administration, ni « les différentes couches de la population », ni « les différents services de l’Etat » provincial. « Il est toujours gardé par les GR (NDLR: Garde Républicaine, la garde prétorienne de Joseph Kabila lorsqu’il était Président) et les policiers commis à sa garde sont négligés ». Il n’a participé « qu’à un seul forum organisé par le gouvernement central »; aux autres, « il a brillé par son absence » alors qu’ils étaient « présidés  par le chef de l’Etat », Félix Tshisekedi.

Quant au vice-gouverneur, il fait de la « figuration », le chef de cabinet du gouverneur assurant l’intérim en cas d’absence de ce dernier.

« Détournement de fonds publics » et « expropriations »

Les six signataires s’inquiètent également  du « détournement de fonds publics », assurant que « toutes les recettes locales » sont retirées directement par le directeur de cabinet du gouverneur et gérées de manière « opaque », alors qu’il a divisé « par deux ou trois » les salaires payés par la province. Ils accusent aussi Zoé Kabila de « gabegie dans les entreprises minières et autres sociétés du Tanganyika ».

Dans plusieurs territoires, accusent les chefs, des terres « sont expropriées et spoliées » à des paysans, des religieuses catholiques, la communauté musulmane. « Plus de 4000 âmes » vivant sur les îlots Kibizye et Bilila, sur le lac, viennent d’en être chassés sans relogement alors qu’une Ferme Espoir de Kabwela, de « 15.000 km2 » (la moitié de la Belgique!) serait en cours de création après « expropriation ». Des villages de la chefferie Rutuku « doivent être délocalisés ». « Que devient le territoire de Kalemié, dépouillé de toutes ses terres? »

Si l’Etat n’agit pas, nous le ferons

Les signataires terminent en appelant la population de la province à braver « la peur, l’oppression, la dictature. Défendez vos terres et vos richesses jusqu’au sacrifice suprême ». « Si l’Etat n’agit pas vite, nous allons nous-mêmes nous prendre en charge », menacent-ils.

Ils demandent au président Tshisekedi de visiter la province « le plus tôt possible » pour constater le mécontentement de la population; d’envoyer une commission indépendante enquêter sur les spoliations de terres; et d’ordonner à la Cour des comptes et aux inspecteurs des Finances de faire des audits sur la gestion de la province.

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