Liberia : La femme de Charles Taylor arrêtée à Londres pour torture

Liberia : La femme de Charles Taylor arrêtée à Londres pour torture

La Metropolitan Police (police du Grand Londres) a arrêté jeudi 1er juin à Londres Agnes Reeves Taylor, 51 ans, ex-épouse de l’ex-président libérien Charles Taylor. Chef de département à l’université de Coventry, vivant avec ses deux filles au Royaume Uni, elle est accusée de participation aux atrocités commises par le groupe armé commandé par son mari, le National Patriotic Front of Liberia (NPFL), avant qu’il accède à la Présidence (1997-2003) durant la première guerre civile dans ce pays.

Devant son juge londonien, samedi 3 juin, l’accusée a nié être mêlée à quoi que ce soit mais a été inculpée de quatre faits de torture, notamment pour avoir planifié l’usage de celle-ci entre le 23 décembre 1989 et le 1er janvier 1991. Selon l’accusation, elle a autorisé la torture de sept femmes à Gbarnga, quartier général des forces  NPLF et « intentionnellement infligé de sévères souffrances sur un individu à l’occasion de son service officiel ou prétendu tel » au sein du NPLF.

L’accusée nie toutes les charges et demeure détenue jusqu’à sa prochaine comparution, le 30 juin.

Jamais jugé pour ses crimes au Liberia

C’est Charles Taylor qui avait déclenché cette guerre civile, en 1989, en envahissant le Liberia à partir de la Côte-d’Ivoire, pour renverser le président Samuel Doe. Un premier accord de paix lui avait permis de se présenter à la présidentielle de 1997, qu’il gagna. Une seconde guerre civile s’ouvrit en 1999 et Taylor fut foré à l’exil en 2003, avant d’être arrêté dans son pays d’accueil, le Nigeria, en 2006.

Il a été condamné en 2012 à 50 ans de prison (qu’il effectue en Grande-Bretagne) pour ses responsabilités dans les atrocités de la guerre civile en Sierra Leone – où il était intervenu comme président du Liberia en finançant un mouvement armé, le RUF (Revolutionary United Front) et en planifiant les crimes de ce dernier. Mais il n’a pas encore été jugé pour ses crimes au Liberia, où la première guerre civile (1989-1996) avait fait plus de 150 000 morts, en grande majorité des civils.

Selon les ONG Civitas Maxima (Genève) et Global Justice and Research Project (Monrovia) – qui représentent des victimes – Agnes Reeves Taylor (séparée de son mari depuis 1996) est la deuxième femme arrêtée pour des atrocités commises par le NPFL. Elle avait été précédée par Martina Johnson, commandant du NPLF arrêtée en Belgique en septembre 2014. Ces deux ONG indiquent avoir fourni les indications concernant Agnes Reeves Taylor aux autorités britanniques.

Le Liberia ne fait rien pour juger

L’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) a salué cette arrestation et encouragé les autorités du Liberia – dirigé depuis 2006 par l’Americano-Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, qui fut une alliée de Taylor avant d’être sa rivale malheureuse aux élections de 1997 – à œuvrer au jugement des responsables des crimes commis durant la guerre civile, ce qui n’a pas encore été fait jusqu’ici, souligne-t-elle. « Le Liberia n’a fait aucun effort » pour juger les crimes de cett période, accuse l’ONG, qui souligne qu’outre les deux femmes citées plus haut, seul un commandant du groupe armé United Liberation Mouvement of Liberia for Democracy (ULMLD), adversaire du NPLF, Alieu Kosiah, a été arrêté, encore une fois en Europe – en Suisse en novembre 2014.

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