Botswana: un repenti du régime dénonce une fraude électorale piloté par le président

Botswana: un repenti du régime dénonce une fraude électorale piloté par le président

Cartes d’électeur dupliquées, inscriptions et votes multiples: un repenti du parti au pouvoir au Botswana a détaillé, dans un document explosif, les fraudes dont est accusé le camp du président réélu Mokgweetsi Masisi lors du scrutin du 23 octobre 2019.

Ce jour-là, les législatives ont été remportées haut la main par le Parti démocratique du Botswana (BDP), au pouvoir depuis l’indépendance en 1966.

Son chef Mokgweetsi Masisi, à la tête du pays depuis 2018, a été élu chef de l’Etat malgré la fronde inédite de son prédécesseur Ian Khama (2008-2018), qui a claqué cette année la porte du BDP et l’accuse de dérive autoritaire.

Mais le principal parti d’opposition, la Coalition pour un changement démocratique (UDC), a dénoncé de nombreuses irrégularités et déposé fin novembre devant la justice un recours en annulation du scrutin dans 16 des 57 circonscriptions.

Le recours de l’UDC s’appuie notamment sur la déclaration sous serment d’un lanceur d’alerte issu du BDP, qui a expliqué par le menu comment il avait participé à une fraude organisée avec d' »autres militants de confiance » du parti.

Dans ce document en date du 26 novembre consulté par l’AFP mercredi, Emmanuel Mohalodi confesse avoir participé au transport de « milliers de personnes » pour qu’elles s’inscrivent sur les listes électorales dans les cinq circonscriptions de la capitale Gaborone, un fief de l’opposition.

La même combine a été utilisée dans d’autres circonscriptions favorables à l’opposition, selon M. Mohalodi.

Le jour du vote, les électeurs « ont voté tôt le matin entre 06H30 et 08H00 » dans leur circonscription d’origine avant d’être « emmenés vers une deuxième destination pour voter une seconde fois », ajoute le membre du BDP, qui précise avoir voté deux fois le jour J.

La fraude a été efficace, selui lui, puisque les circonscriptions de Gaborone ont toutes basculé dans le camp du BDP.

– ‘Situation ridicule’ –

Mais les accusations du lanceur d’alerte ne s’arrêtent pas là. Dans sa déclaration, il met directement en cause le président, accusé d’avoir « coordonné toute l’opération » de fraude.

Chaque semaine, des réunions ont été organisées dans sa résidence « pour faire état des progrès réalisés » pendant l’enregistrement des électeurs sur plusieurs listes électorales, selon Emmanuel Mohalodi.

Les services de renseignements étaient également « impliqués dans la logistique » de la triche en fournissant transport et logement aux personnes chargées de la mettre en place, a ajouté le membre du BDP.

Le président Masisi a catégoriquement nié cette semaine ces allégations, jugeant « incroyablement ridicule de remettre en cause la légitimité » du processus électoral.

Son parti s’est aussi défendu par la voix de son porte-parole Banks Kentse, répétant que le BDP avait « obtenu un mandat lors d’élections libres et justes ».

Dans sa déclaration, Emmanuel Mohalodi a conclu que « le BDP n’a pas gagné les élections générales de 2019 mais a fraudé en ayant recours à des votes multiples ».

« Les preuves sont suffisantes pour démontrer que les élections ont été entachées de fraude », a estimé l’UDC.

La justice doit se prononcer dans les mois qui viennent sur la recevabilité ou non de sa requête en annulation.

Dans un rapport fondé sur les témoignages de trois membres du BDP, dont Emmanuel Mohalodi, l’ONG sud-africaine Forensics for Justice a déjà conclu que les élections d’octobre avaient été « entachés de fraude ».

Les preuves sont selon elle accablantes. Elle a notamment cité le témoignage de Dikabelo Selaledi, un proche de M. Mohalodi, qui a affirmé avoir dupliqué 10.000 cartes d’électeurs.

Egalement cité par Forensics for Justice, Moemedi Baikalafi a assuré que le président avait lui-même fait « le tour du pays pour faciliter la fraude électorale ».

Ces soupçons de manipulation sont « terribles pour l’image de notre pays, salué comme l’exemple de la démocratie en Afrique », a conclu le porte-parole de l’UDC, Moeti Mohwasa.

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