Diplomatie pour les nuls: Gabon: gouvernance à la papa

Diplomatie pour les nuls: Gabon: gouvernance à la papa

Commentaire par Marie-France Cros.

En présentant ses vœux aux Gabonais, le 31 décembre 2017, le président Ali Bongo avait annoncé vouloir mettre en œuvre « un changement radical de gouvernance ». L’année précédente, il avait été – très mal – réélu et l’heure semblait aux promesses de changement, quand bien même il avait succédé en 2009 à son père Omar, décédé après 41 ans de pouvoir. Frappé en 2018, à 59 ans, par un AVC qui avait laissé le Gabon sans gouvernail (une tentative de coup d’Etat militaire avait même eu lieu en janvier dernier), Ali Bongo semble revenu aux bases de la gouvernance à la papa: le népotisme.

Il a en effet nommé, ce 5 décembre, Noureddin Bongo Valentin au poste de Coordinateur général des Affaires présidentielles, qui aura pour mission « d’assister le Président de la République dans la conduite de toutes les affaires de l’Etat et veiller à la stricte application de ses décisions ». Connu sous le petit nom de Nono, le jeune homme a 26 ans; il est second d’une fratrie de quatre enfants et l’aîné des fils d’Ali Bongo et de Sylvia Valentin, une Française qui est la seconde épouse du chef d’Etat gabonais, divorcé de l’Américaine Inge Collins Bongo.

Le poste donne évidemment à Nono un profil de successeur du chef d’Etat malade. Selon le porte-parole de ce dernier, cela se justifie par le fait que « M. Noureddin Bongo Valentin dispose de la confiance absolue du chef de l’Etat, qui est libre de choisir, sans exclusive, les personnes avec lesquelles il souhaite travailler ». Autrement dit: le sang du Prince et le fait du Prince.

En outre, ajoute le porte-parole, « il est diplômé » de l’Institut d’études orientales et africaines de Londres et de la « London school of Economics notamment ». Et de rappeler que Nono a aussi été DGA (directeur général adjoint) de l’entreprise singapourienne Olam – la plus grosse entreprise privée du pays – qui rafle presque tous les marchés au Gabon et où le jeune homme était entré en 2014, soit à 21 ans. Quel génie!

On comprend que le président Ali Bongo ait finalement décidé de revenir à la bonne vieille politique de papa. Après tout, lui-même, musicien apprécié du monde de la nuit aux Etats-Unis, n’était-il pas devenu ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense sur décision de son père Omar? Et ce dernier n’avait-il pas logé une flopée de ses innombrables enfants à une série de postes de pouvoir, au point qu’une élection au Gabon ressemble à un jeu de famille?

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